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Les Langues sales

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On parle souvent d’intimidation dans les cours d’école. Mais il existe une autre forme d’intimidation, tout aussi inacceptable, qui pourrit non pas la vie des enfants mais celle des adultes : le bitchage (ou, en bon français : la médisance).

Dans Ces femmes qui détruisent les femmes, un essai très intéressant paru chez Béliveau éditeur, la conférencière Marthe Saint-Laurent tente d’expliquer les causes de cette mauvaise habitude féminine.

Car, que vous le vouliez ou non, mesdames, cette maladie de la langue (et du cerveau) a bel et bien un sexe. En fait, on pourrait dire que le commérage est au sexe féminin ce que la compétition est au sexe masculin.

« Quelle femme n’a pas été la proie de commérage, de médisance et de bitchage au moins une fois dans sa vie ? demande l’auteure. Qui n’a pas bitché ? Tous les jours, de nombreuses femmes subissent des mauvais traitements de la part d’autres femmes, et nous, nous demeurons là à observer ce phénomène inquiétant dont nous refusons de parler ouvertement... »

Au lieu de garder le silence et de s’enfouir la tête dans le sable en se disant que les femmes sont so-so-solidaires entre elles (comme veulent nous le faire croire les chantres du féminisme), Marthe Saint-laurent, elle, a décidé de prendre le taureau — pardon : la vache — par les cornes et de confronter le problème.

Conférencière de renom, elle fait le tour des entreprises pour sensibiliser les travailleuses aux ravages du bitchage. Les témoignages qu’elle a entendus lors de ses visites lui ont confirmé que la médisance, loin d’être une « mauvaise habitude » inoffensive, est une forme d’agression verbale aussi violente et aussi dévastatrice que le harcèlement psychologique.

« Les femmes qui maltraitent les autres par leurs paroles posent réellement un geste violent, croit-elle. On s’indigne lorsqu’on entend dire qu’une femme a été victime de viol et d’abus sexuels. Mais qu’en est-il de la destruction intellectuelle, professionnelle et psychologique causée par le bitchage ? Combien de femmes sont devenues malades parce qu’elles étaient harcelées à leur travail par leurs pairs féminins ? »

On dit souvent que les hommes s’affrontent directement, sans détour, dans le blanc des yeux, alors que les femmes préfèrent poignarder leurs adversaires lorsqu’elles ont le dos tourné. Selon madame Saint-Laurent, ce lieu commun est tout à fait fondé.

Les femmes manquent souvent de confiance en elles : elles ont donc tendance à éviter les confrontations directes pour régler leurs différends. Au lieu de frapper leurs adversaires, ou de les convoquer à un échange franc, elles distillent un poison qui, lentement mais sûrement, affaiblira leurs ennemies et les rendra malades...

Les problèmes causés par le bitchage dans le milieu de travail sont tels, dit Marthe Saint-Laurent, que certains employeurs sont de plus en plus réticents à embaucher des femmes, de peur qu’elles se mettent à foutre le bordel au bureau !

Non seulement ça, mais les femmes elles-mêmes craignent de travailler pour d’autres femmes !

Le commérage est si omniprésent dans la gent féminine qu’il est presque devenu un trait culturel. Quelle est l’émission préférée des jeunes filles, ces temps-ci ? Gossip Girls. De même, tout film d’ado (ou toute émission de télé réalité) qui se respecte contient un ou deux personnages de bitches finies. Ça fait partie du paysage, comme la blonde idiote...

« Sachons utiliser nos forces et nos qualités à des fins positives et non destructrices », écrit l’auteure à la fin de son essai.

Les femmes pourront-elles vraiment apprendre à se percevoir non plus comme des rivales, mais comme des complices ? Il n’en tient qu’à elles.

Personnellement, j’ai ma petite idée là-dessus. Mais je ne dirai rien. Car vous allez dire que je bitche...

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PS: Ce texte a originalement été écrit pour le magazine Elle-Québec. Mais il a été refusé.

Suite dans ma chronique du Journal de Montréal...