/homepage
Navigation
Livre

Une vie à trahir ses amis

Alex Caine, qui a infiltré les Bandidos, affirme qu'il a eu de la
difficulté à balancer ses frères d'armes.
© Marc Pigeon Alex Caine, qui a infiltré les Bandidos, affirme qu'il a eu de la difficulté à balancer ses frères d'armes.

Coup d'oeil sur cet article

Après avoir infiltré diverses organisations criminelles pendant des dizaines d'années, Alex Caine rêve d'accrocher ses patins. Âgé de 61 ans, l'homme raconte dans un livre publié cette semaine comment, sans jamais être monté sur une moto, il est parvenu à infiltrer les puissants Bandidos américains.

C'est en exerçant des arts martiaux qu'il a rencontré des Asiatiques impliqués dans les triades. À Vancouver, ceux-ci avaient besoin d'un francophone pour étendre leur marché vers l'est.

Voilà comment a commencé la carrière d'infiltrateur d'Alex Caine (ce n'est pas son vrai nom), pour le compte de la GRC.

Plusieurs années plus tard, alors qu'il souhaitait se retirer, il a été approché par la Drug enforcement agency (DEA), qui souhaitait avoir un meilleur portrait des Bandidos, dans l'État de Washington.

L'homme n'a jamais fait de moto de sa vie. Il ne boit pas une goutte d'alcool. Comment réussira-t-il à les infiltrer sans éveiller des soupçons?

Braconnier à la Trans Am

«Je ne devais pas jouer le rôle d'un biker, dit-il. J'ai donc prétendu être un braconnier qui passait des armes par la frontière», explique Caine, rencontré hier dans un restaurant du centre-ville de Montréal.

Stationnant sa Trans Am devant le bar fréquenté par les Bandidos de Washington, il y est entré et a fait quelques contacts. De fil en aiguille, ils ont fait affaire ensemble.

L'infiltration a duré deux ans et demi, au cours desquels il a failli être tué quelques fois. Le milieu des motards n'est pas tendre, même avec ceux qui en font partie.

Un jour, un problème s'est posé: le faux motard Caine n'avait pas de femme. Ça commençait à sonner faux. Mais dans sa vie civile, Caine était marié.

«Un jour on a eu une rencontre, moi, mes contrôleurs et ma femme, et je leur ai expliqué ça», dit-il.

Il a été convenu qu'il pourrait s'amouracher d'une barmaid, juste pour sa crédibilité.

«Ma femme n'aimait pas beaucoup ça, mais je l'ai convaincue que ce n'est pas moi qui allais coucher avec, c'était mon personnage.»

Trahir son ami le président

Caine jouait si bien son rôle que son parrain fut nul autre que George Wegers, celui qui deviendra le président international des Bandidos, la seconde bande de motards en importance au monde.

Peu après l'arrestation de Wegers, Caine l'a rencontré pour lui dire de ne pas chercher d'autres traîtres, que c'était bel et bien lui qui l'avait vendu.

«Je vais te retrouver !» a-t-il simplement eu pour réponse.

Caine admet avoir eu de la difficulté à balancer tous ses frères d'armes. Le syndrome de Stockholm. Il était l'un des leurs.

«Tu deviens ce que tu prétends être», résumet-il.

- Avez-vous déjà tué quelqu'un?

- C'est pas une question qui se demande, ça, répond-il au journaliste.

-Bien sûr que oui.

Hésitations. Regards fuyants.

- Jamais durant mes infiltrations, finit-il par répondre.


  • «Fat Mexican», L'ascension sanglante des Bandidos, des Éditions de l'Homme, sera en kiosque cette semaine.
  • Caine avait terminé son infiltration chez les Bandidos lorsque la guerre des motards a éclaté au Québec et que les Rock Machine sont devenus les Bandidos.
Commentaires