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Écoles

Une mine d'or pour le privé

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La pénurie de professionnels qui frappe les écoles du Québec représente une vraie mine d'or pour les orthophonistes et psychologues en pratique privée. Incapables de combler les postes qu'elles ont à offrir, les commissions scolaires leur paient des centaines de milliers de dollars en honoraires, chaque année, pour qu'ils évaluent et suivent des élèves en difficulté.

La moitié des 20 commissions scolaires auxquelles le Journal a demandé de révéler les sommes qu'elles avaient ainsi dépensées ont reconnu avoir eu recours à cette pratique à plusieurs reprises, depuis 2007.

Au total, elles ont versé pas moins de 1 162 916 $ à de tels professionnels durant cette période, indiquent des documents obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information. Le tiers de cette somme a été englouti entre septembre 2009 et avril 2010.

Salaires

Parmi les 20 organismes visés par le Journal, c'est la Commission scolaire Marie-Victorin, à Longueuil, qui a dû assumer les honoraires les plus salés. Depuis 2007, au moins 379000$ y ont été dépensés pour «référer» des élèves à des orthophonistes «à l'externe», selon des données fournies hier après-midi.

Durant la même période, la Commission scolaire des Patriotes a dû verser des honoraires de 231000$ à des orthophonistes en cabinet privé. «Notre problème survient lorsque nos orthophonistes partent en congé de maladie ou de maternité. On a de la difficulté à les remplacer. Quand elles sortent de leur cours universitaire, elles ont le choix entre un emploi régulier... ou des remplacements à la Commission scolaire», fait valoir le coordonnateur aux services éducatifs complémentaires, André Émond.

Les orthophonistes oeuvrant dans les écoles sont «débordées», ajoute M. Émond, ce qui pourrait inciter certains de ces professionnels à travailler au privé, plutôt que dans le réseau public. «Leur tâche a augmenté, mais on n'a pas augmenté leur nombre, déplore-t-il. Présentement, on en a 18, mais il nous en faudrait peut-être 28 pour suivre tous les élèves.»

À la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, dans les Laurentides, près de 165 000 $ ont été versés à des professionnels en pratique privée, depuis trois ans. La porte-parole de l'organisme, Sylvie Courtois, se demande si «l'échelle salariale» des psychologues et orthophonistes n'expliquerait pas, en partie, le faible «attrait» que représente le réseau public. À l'heure actuelle, le salaire de départ d'un psychologue scolaire est de 37 000 $ et celui d'un orthophoniste, de 38 000 $.

La Commission scolaire des Trois-Lacs, à l'ouest de Montréal, reconnaît que les salaires sont beaucoup plus élevés au privé. Le taux horaire des psychologues y est d'environ 100$ par heure, souligne la porte-parole de l'organisme, Colette Frappier.

Insatisfaction

La présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, Rose-Marie Charest, n'est pas surprise par la situation actuelle.

«Ce qu'on entend, c'est que les conditions de travail ne sont vraiment pas agréables [dans le réseau de l'éducation], dit-elle. Il y a des psychologues qui font trois ou quatre écoles dans la même semaine. C'est une source d'insatisfaction.»

L'Ordre est préoccupé par les données révélées par le Journal.

«Ce n'est pas ce qu'on souhaite, dit-elle. Pour nous, ce qui est important, c'est que l'enfant ait les services. [On craint] de voir diminuer l'accès à un psychologue, parce qu'il n'y a pas suffisamment de services à l'intérieur du réseau de l'éducation.»

Au moment de mettre sous presse, l'Ordre des orthophonistes et la Commission scolaire Marie-Victorin n'avaient pas rappelé le Journal.

Avec la collaboration de Serge Laplante, notre recherchiste à l'Assemblée nationale.

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