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La maudite machine

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Aujourd’hui, j’aimerais vous faire faire un petit exercice.

Vous avez vu l’organigramme du Ministère de l’Éducation dont je vous ai parlé hier ? Toutes ces cases, tous ces départements avec des noms longs comme le bras ?

J’aimerais que vous pensiez à cet organigramme en lisant les prochaines lignes.


UNE TÂCHE IMPOSSIBLE

Il s’agit d’une lettre qu’une enseignante a postée sur le blogue de Jean-Luc Mongrain, hier.

« Bonjour monsieur Mongrain. Je suis enseignante en alphabétisation depuis neuf ans. La Commission scolaire exige un ratio minimum de 15 personnes analphabètes multi-niveaux pour chaque professeur (Ces jeunes sont tous dyslexiques et ont tous de gros problèmes d'apprentissage.)

« Imaginez, je dois enseigner à tous ces élèves en même temps ! Chaque soir, à mon retour, je suis extrêmement déçue car la tâche est tout simplement impossible... »

D’un côté, une structure hallucinante qui ferait baver Moshe Safdie, l’architecte d’Habitat 67.

De l’autre, un prof sans moyen à qui l’on demande d’intégrer une quinzaine de cas lourds dans sa classe.

Vive la bureaucratie.


AU FRONT

Il y a quelques jours, je vous parlais d’un livre passionnant qu’un jeune historien avait consacré aux anciens combattants de la Deuxième guerre : Ils ont écrit la guerre, publié chez VLB.

L’auteur, Sébastien Vincent, nous livre des extraits de lettres et de journaux intimes écrits par des militaires.

Dans un récit particulièrement touchant, un soldat parle de ses supérieurs.

« Je revois encore ces experts faire leurs commentaires sur ce que nous avions fait et sur ce que nous aurions dû faire. Tout ce beau monde, dont les grades brillaient de mille feux au soleil, avait les pantalons bien pressés, la figure rouge et même violacée par l’abus de cognac. Tous ces experts en la matière nous regardaient de haut et nous trouvaient probablement bien malodorants pour leurs narines sensibles. Ils étaient des experts à condition d’être loin en arrière... »

J’exagère peut-être, mais c’est exactement comme ça que je perçois la guerre à l’ignorance que mène le ministère de l’Éducation.

Au front, des enseignants fatigués, mal outillés et croulant sous la tâche.

Et loin derrière, dans les bureaux climatisés d’un quelconque bunker, des « lologues » bardés de diplômes rédigeant de beaux programmes bien propres.


DES SOLDATS ABANDONNÉS

On dit souvent que le problème, au Québec, est le manque d’argent.

Faux, faux, archi faux.

Le problème, c’est la façon dont on DISTRIBUE cet argent.

Au lieu d’utiliser ces sommes pour embaucher des spécialistes qui aideraient les profs à mieux intégrer les « cas lourds » dans les classes régulières, par exemple, on préfère nourrir la machine.


Pour revenir à la métaphore militaire : au lieu d’envoyer des armes aux soldats qui sont au front, on préfère envoyer des biscuits aux généraux qui planifient la bataille.

Résultat : laissée à elle-même, l’infanterie mange une maudite raclée.


UN SYSTÈME RIGIDE

« La bureaucratie est un système lent et rigide qui tue l’initiative, empêche toute forme d’adaptation et peut même finir par paralyser l’organisation », écrivait le sociologue français Michel Crozier.

Voilà pourquoi, selon moi, des milliers de contribuables sont sortis dans la rue, l’autre jour.

Pas parce qu’ils sont écoeurés de payer, comme l’affirment certains commentateurs.

Mais parce qu’ils sont écoeurés de voir comment l’État utilise leur argent.

La machine doit être au service des gens. Pas le contraire.



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