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Profs masculins

Plus rares que jamais

Prof de français au secondaire, Sylvain Bérubé est aux premières loges pour observer le déclin du nombre de profs masculins.
© Annie T. Roussel/Agence QMI Prof de français au secondaire, Sylvain Bérubé est aux premières loges pour observer le déclin du nombre de profs masculins.

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Les enseignants masculins sont plus rares que jamais dans les écoles du Québec. Au moment où le décrochage fait des ravages chez les garçons, la situation est jugée préoccupante par plusieurs experts, qui déplorent la perte de «modèles masculins» pour les élèves.

Les écoles québécoises ont perdu cette année près de 600 profs masculins, selon des données obtenues par Le Journal. Ils ne représentent plus que 12,7 % du corps professoral au primaire et viennent de tomber sous la barre des 37 %, au secondaire.

Globalement, le nombre d'enseignants a légèrement diminué au Québec. Mais, toutes proportions gardées, les femmes n'y ont jamais été aussi présentes.

De plus en plus rose

Cette tendance de l'école québécoise à être de plus en plus rose inquiète le professeur Égide Royer, de l'Université Laval.

«Quand on vient pour intervenir auprès de jeunes garçons qui sont en difficulté ou qui ont des problèmes d'absentéisme, il y a un âge où, naturellement, on va re-commander que des hommes soient présents dans leur environnement», explique-t-il.

M. Royer insiste sur le fait que ce ne sont «pas les femmes qui causent l'échec scolaire» des gars. Mais il croit que des équipes d'enseignants «mieux balancées» contribueraient à aider les garçons qui ont besoin de l'équivalent «d'un grand frère».

Une présence masculine plus importante «ne pourrait pas nuire», reconnaît Sylvain Bérubé, qui enseigne le français à l'École secondaire de Rochebelle, à Québec. Prof depuis 18 ans, il assiste à la disparition graduelle des enseignants masculins.

«Aujourd'hui, dans mon département, on représente 25 % des profs, dit-il. Quand j'ai commencé, on comptait peut-être pour 50 % ou même 60 %.»

Hausse de salaire?

Sylvain Bérubé est prudent, cependant, et il ne croit pas qu'une plus grande présence d'hommes dans les classes de la province soit nécessairement la solution au décrochage scolaire des garçons.

«Je connais des enseignants masculins qui n'aiment pas ça, quand ça bouge trop dans leur classe, fait-il valoir. C'est toujours difficile de trancher cette question-là au couteau.»

Plusieurs idées lancées publiquement au cours des dernières semaines pourraient permettre de renverser la vapeur, estiment certains observateurs.

En proposant de hausser le salaire des profs de 20 %, la Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ) de François Legault croit avoir trouvé une piste de solution.

«S'il y a un élément qui peut favoriser la présence d'un plus grand nombre d'hommes, c'est le salaire», tranche la porte-parole de la CAQ en matière d'éducation, Chantal Longpré. À son avis, l'idée avancée par la Coalition d'accorder plus de pouvoirs aux profs pourrait aussi séduire davantage d'hommes.

Égide Royer estime que la profession enseignante a d'abord besoin d'être valorisée.


Récemment, M. Royer a proposé de mettre en place des mesures de discrimination positive à l'égard des candidats masculins les plus performants qui optent pour des études en enseignement.

Ceux-ci pourraient avoir accès à des bourses d'études ou à des postes permanents plus rapidement que leurs collègues féminines, par exemple.


Quelques raisons évoquées pour expliquer le déclin du nombre d'hommes

Le décrochage scolaire élevé chez les garçons : moins d'hommes obtiennent un diplôme, donc moins d'hommes atteignent l'université.

Le salaire peu élevé par rapport aux études requises.

Minimum : 36 929 $ par année. Maximum: 71 234 $ par année.

La multiplication d'histoires de pédophilie impliquant des hommes en situation d'autorité en rebute plusieurs.

Les cas de plus en plus en lourds intégrés dans les classes régulières

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