Rentrée scolaire
Trop d’élèves impolis
De plus en plus d’enseignants s’en plaignent
Entre un premier ministre qui souhaite le retour du vouvoiement à l’école et une majorité d’enseignants qui dénoncent la violence qu’ils subissent, la plus élémentaire politesse fout le camp en classe, affirment certains experts.
« Tenir la porte, dire merci ou s’il vous plaît... Oubliez ça! C’est l’enfant-roi. Est-ce valorisé à la maison ? Je ne sais pas », questionne Chantal Laliberté, enseignante en 6e année du primaire.
« Les petits gestes de politesse prennent le bord à l’école et c’est de pire en pire, poursuit-elle. En classe, je dois valoriser tout comportement convenable. C’est ma façon d’enseigner le savoir-vivre. »
Pourtant, le respect est important dans la classe de cette dame qui enseigne depuis près de vingt ans. « Le respect c’est la seule règle toute simple que je leur impose », explique-t-elle.
« Ils ne sont pas toujours polis, mais le ton est poli. Le respect est là », observe de son côté Michel Lefebvre qui enseigne l’anglais à l’École secondaire Val- Mauricie, à Shawinigan.
Insultes, injures et sacres
Lorsque le premier ministre Jean Charest a exprimé le souhait de voir le retour du vouvoiement dans les écoles québécoises, certains enseignants ont jugé la recommandation trop intrusive, d’autres, bien timide. « C’était une goutte d’eau dans l’ensemble des solutions qui devraient être mises de l’avant », croit Pierre St-Germain, président de la Fédération autonome des enseignants.
En 2010, ce syndicat d’enseignants publiait un sondage révélant que 74% des professeurs ont été victimes de propos méprisants et que 85% auraient subi de la violence physique ou psychologique de la part des élèves.
« Deux profs sur trois reçoivent des insultes, des injures, des sacres et j’ai tendance à croire que ça ne s’est pas amélioré », croit monsieur St-Germain.
De plus en plus d’enseignants se plaignent de l’impolitesse de leurs élèves, confirme Gérald Boutin, professeur en enseignement à l’UQAM.
La violence est étroitement liée à la politesse à l’école, explique-t-il.
« La politesse est un état d’esprit. Ça dépend des modèles que l’on donne aux jeunes, au respect qu’ils ont entre eux », plaide l’enseignant.
Les élèves auraient tendance à être encore plus impolis avec leurs suppléants, selon Chantal Laliberté. « Ils leur rient au visage, ils les envoient promener. Comme il n’y a aucun lien d’attachement, c’est l’enfer », détaille l’enseignante.
À « tu » et à « toi »
Coauteure d’un ouvrage sur les bonnes manières, Marie Diane Faucher croit qu’un enseignant qui établit une saine distance avec l’élève risque moins les excès de familiarité et l’impolitesse. « On dirait que certains adultes veulent être l’ami de l’enfant. On veut être plus cool, plus proche. Il est pourtant sain que le prof soit une autorité et de lui accorder cette déférence-là » explique l’auteure de L’ABC des bonnes manières.
« Plus tard, ces jeunes auront des patrons, des collègues, ils doivent s’habituer au respect de la fonction. Et je ne parle pas de protocole, ni d’étiquette, mais du plus élémentaire respect, ça s’apprend aussi à l’école », ajoute cette ancienne chef de cabinet et spécialiste des communications internationales.
« Madame Sylvie », « Monsieur Jean-Claude »
L’utilisation du «Monsieur...Madame...» est inculqué très tôt aux enfants dans les écoles primaires, mais il est souvent suivi du prénom de l’enseignant: « Madame Sylvie, Monsieur Jean-Claude...» Pourquoi éviter soigneusement le nom de famille ? Encore cette intention de ne pas trop mettre une distance avec l’élève, croit la coauteure. «Ça fait moins sévère que Madame Gagnon ou Monsieur le Directeur, c’est plus familier, plus amical...Mais tout le monde n’est pas notre ami ».