Extrait de la lettre écrite par Julie Salvador et Geneviève Pierrat

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Nelly Arcan élevait une voix unique dans ce monde. Et cette voix unique, qui s’est tue, n’a pas été entendue lors de son passage à TMENP. Et cela, il faut l’admettre, n’en déplaise à M. G. A. Lepage.

Nelly nous avait confié le profond malaise qu’elle avait ressenti lors de son passage à l’émission. Entre les farces bouffonnes et les commentaires disgracieux qui fusaient de toutes parts (ne soyons pas dupes : le montage témoigne d’un point de vue, influence le jugement des téléspectateurs), c’est la parole d’une grande écrivaine qui a été étouffée ici. « Des fois qu’on écouterait », avait-elle parié. Mais la déception de Nelly, qui était lucide et ne s’attendait certainement pas à une entrevue de fond, venait davantage du fait qu’elle avait été réduite à son apparence, et cela, sans aucun respect. Et à cause de quoi finalement ? D’un banal décolleté ? Il faut lire son œuvre, son écriture viscérale dans laquelle l’auteure s’est mise en danger pour sonder les profondeurs de l’âme humaine, pour comprendre toute la force de sa pensée, « une pensée qui se nourrit de paradoxes. », ce qu’elle n’a jamais démenti.

Et surtout, elle se demandait aussi pourquoi certains propos pertinents avaient été coupés au montage, ce qui a orienté considérablement le regard qu’on a porté sur elle.

Cette polémique permet de réfléchir au poids des mots, à leur responsabilité. Les mots ne sont pas innocents, tout comme une émission comme TLMEP qui, dans certaines tribunes, revendique son importance et son impact, et qui aujourd’hui se qualifie de simple jeu coquin pour invités avertis.

Et enfin, arrêtons de réduire Nelly Arcan à un symptôme psychologique : elle était trop sensible et fragile pour ce jeu, selon certains. Est-ce que tous les gens qui passent à la télé doivent avoir une santé psychique parfaite ? La honte qu’elle a ressentie après cette émission indéniablement, ce n’est pas Nelly qui devrait la porter…

Rendons justice à l’une des plus grandes auteures du Québec et à une écrivaine qui avait le courage, elle, de regarder en face ses propres contradictions. Laissons-lui le dernier mot :

« La carte qui m’a été donnée se terminait ainsi : Faites ce que j’écris, ne faites pas ce que je vis. C’est faux - en y repensant. Ne faites rien. Ni ce que j’écris, ni ce que je vis. Pensez à ce que j’écris, c’est tout. Pensez au monde grossi dans ma loupe d’écrivain, qui est le nôtre, et dont je me fais le témoin. Je ne suis pas un modèle, je ne dicte aucune conduite. C’était cet espace de parole sur mon écriture que j’espérais trouver. Je ne l’ai pas eu, je le prends donc ici. »

  •  Pour lire la version intégrale de la lettre, visitez le lejournaldemontreal.canoe.ca/nelly.