La chronique de Jean-Marc Léger
La peur d’avoir peur
Un caïd de la mafia se fait descendre à Montréal, un enfant est enlevé en France, un homme tire sur des écoliers aux États-Unis, une femme est lapidée au Pakistan, un attentat terroriste tue des centaines de personnes en Indonésie.
Tous les jours, on se fait bombarder d’images violentes. Tous ces événements n’ont rien en commun sauf qu’ils génèrent de la peur. La peur de se faire attaquer, la peur pour nos enfants, la peur des gens différents, la peur de prendre l’avion et surtout la peur d’avoir peur.
Les républicains l’ont compris aux États-Unis ainsi que les conservateurs au Canada. Plus on fait peur aux gens, plus le gouvernement prend le contrôle de nos vies. Pièces d’identité, fouilles arbitraires, scanneur de l’œil, empreintes digitales, partout on vous demande de vous identifier et de divulguer des informations confidentielles sur vous et votre vie. Et on s’y soumet sans rechigner. C’est le prix de la liberté crie la droite, c’est le coût du contrôle vocifère la gauche.
Partout la violence
La violence est partout autour de nous, à la télévision, au cinéma, dans les chansons et même dans les jeux vidéo. Un jeune de 18 ans aura vu plus d’une centaine de milliers de meurtres dans sa vie. Allez jouer au jeu vidéo « Call of Duty », le jeu de l’heure des ados, et vous comprendrez mieux.
On a l’impression que le monde est de plus en plus cruel, que la violence est partout et qu’il est de plus en plus dangereux de sortir le soir dans les rues. Les gens ont de plus en plus peur de se promener en auto, d’échanger au travail ou de prendre le transport en commun.
Un citadin sur deux affirme qu’il y a certains coins de la ville qui lui font peur et qu’il évite. C’est vrai que la réalité est tout autre dans les petits villages où les gens se connaissent tous. Mais ce n’est pas le cas à Montréal, à Québec, à Sherbrooke, à Trois-Rivières, à Longueuil ou à Laval.
Sécuritaire
Pourtant, Montréal est l’une des villes les plus sécuritaires au monde avec un taux de mortalité violente de 1,6 personne par 100 000 habitants, moins que la plupart des pays industrialisés. Ce taux était de 1,25 dans les années 1960, a grimpé à 3 dans les années 1970 pour redescendre à 1,6 depuis 10 ans. Au cours des dernières années, il y a eu en moyenne, autour de 40 homicides à Montréal, dont la plupart reliés à la mafia, à la drogue ou aux autres criminalités.
Nous vivons dans une société plus sécuritaire où nous avons de plus en plus peur.
Profitant de cette peur, les conservateurs veulent changer la donne. D’une part, on veut abolir le registre des armes à feu (Loi C-68), donc diminuer le contrôle sur l’utilisation des armes et d’autre part, être plus sévère envers les jeunes contrevenants (Loi C-10), une approche coercitive plutôt que préventive pour les jeunes délinquants.
En somme, notre société va créer de plus en plus d’enragés et on les empêchera de mordre.
N’ayons pas peur de faire mieux.
La chronique de Jean-Marc Léger
La peur d’avoir peur
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