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Le Québec | Une histoire de famille

Les Richard

Maurice : l’icône d’un peuple

Les Richard
Photo d’archives

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«Le nationalisme canadien-français paraît s’être réfugié dans le hockey, écrivait André Laurendeau dans Le Devoir du 21 mars 1955, quelques jours après l’émeute provoquée par la suspension de Maurice Richard. La foule qui clamait sa colère jeudi soir dernier n’était pas animée seulement par le goût du sport ou le sentiment d’une injustice commise contre son idole. C’était un peuple frustré, qui protestait contre le sort. » Joueur étoile, Maurice Richard est devenu un mythe, une icône. ­Pourquoi ?

Contrairement à bien d’autres famil­les québécoises, les Richard ne sont pas les descendants d’un seul et même ancêtre. Le généalogiste Marcel Fournier a identifié au moins 11 familles souches qui auraient transplanté chez nous ce patronyme bien connu. L’ancêtre de Maurice Richard, un certain Michel Richard dit Sansoucy, était un Acadien dont les descendants vécurent aux îles Saint-Pierre et Miquelon, puis aux îles de la Madeleine, pour aboutir à Amqui dans la vallée de la Matapédia. C’est dans ce petit village de la Gaspésie qu’Onésime Richard, le père du célèbre joueur de hockey, vit le jour en 1899.

Une énergie brute

Maurice Richard naît le 4 août 1921 à Montréal, commence sa carrière professionnelle en octobre 1942 et prend sa retraite en septembre 1960. Si l’on inclut les séries éliminatoires, il a joué 1 111 matchs, marqué 626 buts et accumulé... 1 473 minutes de punition ! Un marqueur redoutable, une énergie brute, une inspiration pour tous ses coéquipiers. Parmi ses faits d’armes : celui d’avoir marqué cinq buts, le 28 décembre 1944 après avoir aidé durant la journée un membre de sa famille à déménager ou celui du 18 mars 1945, alors qu’il marque son 50e but en 50 matchs.

Mais, comme le montre le beau film de Charles Binamé, si Maurice Richard est devenu une icône pour le peuple québécois, cela ne tient pas seulement au hockey. Après tout, le Canadien a compté dans ses rangs d’autres joueurs d’exception. Qu’on pense à Jean Béliveau ou à Guy Lafleur.

Maurice Richard est devenu une sorte de mythe parce que tout un peuple s’est reconnu en lui. Pour les Canadiens français des années 1940 et 1950, comme pour les Afro-Américains ou les immigrants d’origine irlandaise ou italienne qui avaient grandi dans les bas-fonds des grandes villes, le sport permettait de venger, le temps d’un match, les petites humiliations du quotidien. Sur la glace ou sur un ring de boxe, plus de barrières sociales, plus de ségrégations ethniques ou raciales. On combattait enfin à armes égales.

Oui, un héros national

Dans Les yeux de Maurice Richard (Fides, 2006), un livre fascinant, Benoît Melançon regrette que la lecture dominante de l’émeute de mars 1955 soit nationaliste. Après tout, souligne-t-il, le numéro 9 du Canadien n’était-il pas un fédéraliste ? N’a-t-il pas été un héros cana­dien, célébré d’un océan à l’autre, admiré par un écrivain comme Mordecaï Richler, reconnu pour son hostilité au nationalisme québécois ?

Comme le rappelle pourtant Melançon, c’est Maurice Richard lui-même qui offre cette interprétation nationaliste. Dans les articles qu’il publie en janvier 1954 dans le Samedi-Dimanche, le joueur étoile dénonce les injustices que subissent les Canadiens français dans la Ligue nationale et les décisions biaisées de Clarence Campbell, son grand patron.

Diplômé d’Oxford, admirateur des institutions britanniques, vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, Campbell n’aurait jamais pardonné aux ­Canadiens français de s’être opposés à la conscription, selon le documentariste Brian McKenna.

L’éditorialiste André Laurendeau, du Devoir, n’avait donc pas tout à fait tort de présenter le grand patron de la Ligue nationale comme l’incarnation de « tous les adversaires réels ou imaginaires que ce petit peuple rencontre ».

Heureusement, les Québécois d’aujourd’hui n’ont plus besoin du hockey pour se rappeler qu’ils sont capables d’accomplir de grandes choses.

Ont-ils pour autant moins besoin de héros ?

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