franc-parler

Mon indignée préférée

C’est une citoyenne « ordinaire » qui (...) a décidé de se relever les manches

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Richard Martineau

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Comme l’ont souligné plusieurs chroniqueurs, l’année 2011 était celle des indignés – ces citoyens qui en avaient ras le cul de se faire tasser par le système et qui ont décidé de sortir dans la rue pour crier leur colère et reprendre leur place.

Pour moi, l’indignée québécoise de l’année fut Joanne Marcotte.

Viser dans le mille

Bon, je sais, l’auteure de Pour en finir avec le gouvernemaman n’a pas de piercing, n’est pas une fan de Stéphane ­Hessel (le gourou nonagénaire des anticapitalistes) et n’a pas fait du camping devant la Caisse de dépôt entre deux ­itinérants et trois toxicomanes.

Qu’importe : je la considère quand même comme une ­véritable indignée. C’est une citoyenne « ordinaire » qui, au lieu de rester tranquillement assise sur son steak, a décidé de se relever les manches, de se jeter dans l’arène et de ­régler son compte au système.

La seule différence est qu’au lieu de vouloir un État obèse qui tire partout, mais rate toutes ses cibles, Joanne Marcotte veut un État aminci et musclé qui revoit ses objectifs à la baisse, mais les atteint tous.

Fin de non-recevoir

Le hic, avec le discours de Joanne Marcotte, est qu’il ne plaît pas à notre élite. Si Joanne avait écrit un livre affirmant que l’État devrait prendre encore plus de place, on l’aurait vue et entendue du matin jusqu’au soir. Nos diffuseurs publics l’auraient invitée à toutes leurs ­émissions et La Presse et Le Devoir lui auraient consacré des ­tartines interminables.

Malheureusement, ce n’est pas le cas.

Résultat : son pamphlet rafraîchissant n’a pas eu l’impact médiatique qu’il méritait. Les journalistes dits « sérieux » ont préféré donner le micro à des hipsters confus qui scandaient des slogans éculés tout droit sortis de mai 68 plutôt qu’à une travailleuse de la classe moyenne qui tenait un ­discours cohérent et réaliste.

La grosse femme d’à côté

Qu’importe : malgré le silence radio d’une certaine élite médiatique, pour en finir avec le gouvernemaman, elle a quand même réussi à trouver son public.

Tant mieux : les thèses avancées par Joanne Marcotte ­méritent d’être entendues et débattues. Il ne s’agit pas ici de passer la scie mécanique dans l’État ou de le faire sauter à la dynamite, comme le prétendent les bien-pensants qui ne l’ont (bien sûr) pas lu : juste de remettre le gouvernement à sa juste place et de replacer le citoyen au centre du système.

N’est-ce pas ce que clamaient les indignés du camping Victoria : encourager l’implication citoyenne ?

Pour Joanne Marcotte, ça veut dire : cesser de considérer l’État comme « la grosse femme d’à côté » de Michel ­Tremblay et arrêter de nous réfugier constamment dans sa graisse et ses plis.

C’est bien beau, un État obèse qui nous donne la tétée, mais un moment donné, on étouffe !

La grande confusion

On vit quand même dans une drôle d’époque, non ?

Des campeurs tatoués qui crient à la mort du capitalisme passent pour des critiques éclairés du système, alors que Joanne Marcotte (qui propose des solutions terre à terre et hyper pragmatiques) est dépeinte comme une radicale…

On met les extrémistes au centre de notre discours ­politique, et les centristes aux extrémités !

Comprenne qui pourra…