La chronique de Gilles Proulx
L’Office édenté
Oubliez les anciens Mayas et leurs prédictions funestes au sujet de la fin du monde. C’est plutôt pour la langue française au Québec que l’année 2012 s’annonce apocalyptique.
Bientôt, nous aurons la 6e année bilingue, mais juste pour les petits francophones, car il serait criminel d’enseigner le français aux anglophones… Puisque nous avons toute la misère du monde à faire passer la majorité de nos morveux au-delà de l’école secondaire, anglicisons-les donc directement dans les salles de cours du primaire !
Une majorité de parents se disent d’accord avec cette politique de la 6e année bilingue. Ils s’imaginent peut-être que leur flanc-mou fumeur de pot va obtenir un succès international à cause de l’anglais. Non, mais il sera capable de répondre à son boss dans la langue de ce dernier.
Avez-vous remarqué qu’on n’a plus besoin des « chialeux », de Howard Galganov, de Robert Libman, de la Gazette ou de CTV, pour défendre notre pauvre minorité anglophone puisque les colonisés québécois s’en occupent eux-mêmes ?
Bob « Elvis » Gratton se vantait d’être « fluent dans les deux langues ». C’est à lui que j’ai pensé quand on m’a parlé du party appelé « Fluid 2012 » qui s’annonçait en anglais seulement et qui occupait le Club Soda la veille du jour de l’An. « Fluente » et fluide, l’identité québécoise…
Prêcher dans le désert
L’Office québécois de la langue française (OQLF) a manqué de dents, à la veille du jour de l’An, auprès d’un nombre incalculable de bars montréalais qui ont transformé la second french city en Toronto bas de gamme avec leurs réclames à 100 % en anglais. Pourtant, il y aurait une solution à cette maladie coloniale : enjoindre à la police de poser des cordons jaunes autour de ces commerces délinquants et méprisants, leur faisant perdre leur plus grosse recette de l’année. Cette leçon suffirait amplement. Hélas ! Ce que je suggère là n’a aucune chance d’arriver…
L’automne dernier, l’OQLF annonçait une vaste opération de résurrection de la loi 101. Dans une première phase, Mme la présidente, Louise Marchand, devait aborder les grandes entreprises telles que Costco (qui pourrait peut-être se débarrasser de son « Wholesale »), UPS (qui pourrait renoncer à son « Store ») ou BMW West Island (qui pourrait devenir BMW de l’ouest de l’île puisque cette toponymie officielle a été adoptée par Québec). On me dit de source sûre que vers le milieu du mois, l’Office va passer à la deuxième phase de son plan de promotion de la loi 101, soit sensibiliser les entreprises de cinq employés et plus… Nul doute que ce sera un travail colossal pour la soixantaine d’employés de l’OQLF qui s’acquitteront de cette tâche.
Tolérer l’intolérable
Jamais auparavant n’a-t-on vu un gouvernement aussi trouillard face au retour des good old days des années 50. Pourtant, souvenez-vous que le vaillant Jean Charest avait dit lors de sa première prise du pouvoir que la loi 101 était là pour rester. Eh bien, il faut croire qu’elle a finalement décidé de déménager…
Je circulais récemment en voiture sur la Rive-Sud et le sempiternel BT Auto Repair du boulevard Taschereau était toujours à l’heure de la délinquance, malgré les vantardises de l’Office qui disait l’avoir corrigé. Même chose à Châteauguay, où « Shine One Auto » fait honneur à la langue du Québec de demain. Pas étonnant que le Canadien se permette un entraîneur unilingue anglophone ; nous tolérions déjà des capitaines qui étaient dans ce cas. À force de tolérer ce genre d’abus, on leur permet de se normaliser. Si vous n’avez pas encore pris de résolution pour 2012, pourquoi pas celle de ne plus vous laisser piler sur la langue ? Happy new year to everybody !