La chronique de Christopher Hall
Bilingui$$me
On apprenait cette semaine que la prestation de services publics bilingues au Canada coûterait plus de deux milliards de dollars par année.
Comme c’est exactement le même montant qu’a coûté le registre des armes à feu, j’ai bien peur que Stephen Harper veuille faire comme avec le registre, et élimine la langue française au pays !
D’ailleurs, il agit déjà en conséquence, en nommant un juge à la Cour suprême ainsi qu’un Vérificateur général unilingues anglophones. D’entrée de jeu, je reconnais que deux milliards c’est beaucoup d’argent, même si ce chiffre a été établi par l’Institut Fraser, un think tank (laboratoire d’idées) de droite canadien qui n’est pas reconnu pour sa ferveur envers le fait français. Alors, quand vient le temps de calculer les coûts du bilinguisme, l’Institut est un peu comme mon oncle Doug à la pêche… il a tendance à exagérer.
De toute façon, le bilinguisme ne se calcule pas uniquement par les coûts d’impression de dépliants en français ou les frais de traduction des derrières de boîtes de céréales. C’est peut-être difficile à saisir pour des esprits cartésiens comme les membres de l’Institut Fraser, ou le premier ministre Harper, mais la valeur du bilinguisme est une richesse qui ne se compte pas en argent.
ET L’AFGHANISTAN ?
Pourtant, le gouvernement conservateur n’a aucune réticence à dépenser des milliards dans une guerre en Afghanistan qui, au bout du compte, n’a rien rapporté… monétairement parlant. Notre présence là-bas se justifiait plutôt par la défense des « valeurs canadiennes ». Si nous sommes prêts à nous battre pour défendre la démocratie, la liberté, l’accès à l’éducation pour les filles à l’autre bout du monde, pourquoi ne serions-nous pas prêts à investir et nous investir pour conserver une des valeurs fondamentales de notre propre pays ?
CE QUI NOUS DISTINGUE
Oui, valeur fondamentale, car le bilinguisme, c’est beaucoup plus qu’une boîte de céréales à deux langues. Une langue, c’est ce qui définit une société, c’est la courroie de transmission de sa littérature, sa chanson, son théâtre… et, ultimement, le frein à sa disparition. Une fois qu’une langue s’affaiblit, tout le reste suit. On s’inquiète souvent du dernier des Mohicans, on devrait plutôt se préoccuper du premier des dominos.
Il va sans dire que c’est le fait français qui distingue le Canada des États-Unis. Sinon nos pays sont presque identiques. Et cela s’intensifie avec l’instauration d’un système d’assurance maladie public chez nos voisins du Sud, et de notre côté, l’augmentation du budget militaire. Déjà que les Canadiens consomment la même télévision, le même cinéma, les mêmes chansons et la même bouffe (sauf que, là-bas, c’est Dunkin Donuts et ici, c’est Tim)… Si ce n’était de l’apport de la communauté francophone, le Canada ne serait qu’un État comme les autres, sauf qu’en Alberta, on pratiquerait le curling, et, en Alabama, le bowling !
PLC : Parti pour la gloire
Le Parti libéral du Canada tenait un congrès à Ottawa la fin de semaine dernière. Déstabilisé par sa défaite de mai dernier, le parti est prêt à tout pour gagner l’électorat. J’en veux pour preuve deux résolutions adoptées dans le but de ratisser le plus large possible.
Les libéraux ont adopté une résolution prévoyant la légalisation de la marijuana, et du même souffle (ou de la même puff), ils ont rejeté une résolution visant à rompre notre lien avec la monarchie britannique.
Ce n’est pas gentil de parler ainsi de Sa Majesté, mais voilà un bel exemple de l’expression « Ménager la … Chèvre et le chou ». De toute évidence, le vote de la deuxième résolution a eu lieu après avoir mis en application la première !