À peine une trentaine de personnes ont trouvé une gardienne et garé l’auto dans un banc de neige pour participer à ce premier Conseil de l’année de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie. Trois fois plus de gens ont suivi la même séance du Conseil dans le confort de leur foyer d’où ils peuvent même poser des questions aux élus.
François-William Croteau est un maire branché. Comme à Montréal, Sherbrooke ou Québec, ses séances sont transmises en direct sur le Web. Tant qu’à y être, le maire de l’arrondissement a décidé de permettre à ses citoyens de s’inscrire virtuellement à la période des questions du Conseil, une première au Québec.
Ce soir, la question porte sur le déneigement dans une ruelle, rien de plus banal. François-William Croteau y répond patiemment comme à toutes celles que les citoyens lui ont posées ce soir. Or, au lieu de s’adresser à quelqu’un debout derrière le micro de cette grande salle, il s’adresse directement à la caméra qui permet de diffuser les séances du Conseil en direct sur le Web.
Le citoyen, lui, est assis confortablement à la maison devant son ordinateur pour entendre la réponse. Un exercice démocratique branché.
Une première au Québec
Si de plus en plus de villes au Québec diffusent les séances de leurs conseils sur le Net, Rosemont est le seul endroit où l’on peut y participer de façon virtuelle.
« Nous avons un des arrondissements les plus populeux de la ville. Nos citoyens sont jeunes et nous avons donc un des plus forts taux de natalité de la grande région de Montréal. Quand nous avons décidé de rendre le conseil accessible par Internet, en direct, c’est à eux que nous avons pensé : aux jeunes familles » affirme le maire de 39 ans qui amorce la troisième année de son premier mandat.
« Nous voulons leur donner le loisir de participer à la vie civique malgré leurs devoirs de parents. Nous avons aussi pensé aux gens âgés. »
« Puisque la vie politique municipale n’attire pas les foules, c’est à nous de faire des efforts pour nous rapprocher du monde. Il faut que les citoyens puissent poser des questions aux élus, c’est sain. Il faut ouvrir le jeu. »
Chaque séance, les citoyens peuvent s’inscrire virtuellement jusqu’à 18 h 30 pour la période des questions. En moyenne, deux questions sont posées par le public par courriel. De quoi rassurer les nombreux sceptiques qui avaient peur que cette possibilité ne dégarnisse encore plus les séances du Conseil.
« Au début, certaines personnes autour de moi n’étaient vraiment pas enthousiastes à l’idée et voulaient que nous conservions notre mode de fonctionnement traditionnel. Mais avec le cynisme ambiant face à la politique, je crois qu’il faut ouvrir le jeu. »
En 2011, 15 000 personnes ont regardé les Conseils de Rosemont-La Petite-Patrie diffusés sur Internet depuis janvier dernier par le truchement d’une coopérative spécialisée dans le domaine. L’entreprise Webtv.coop facture une dizaine de milliers de dollars par année pour filmer et diffuser les conseils.
Yves Dubuc, son président, confirme que ce sont surtout les jeunes parents qui sont adeptes de cette démocratie postmoderne.
« Quand il y a un truc qui ne fonctionne pas, ce sont de jeunes parents qui nous contactent et ça me fait plaisir de faciliter la vie civique aux gens soumis aux exigences de la vie familiale. »