Cinéma
« C'est un rêve que je n’avais jamais osé avoir »
photo d'archives
Pour une seconde année d’affilée, le cinéma québécois s’invite aux Oscars. Après Incendies de Denis Villeneuve l’an passé, c’est au tour cette année de Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau de se tailler une place parmi les finalistes pour le prix du meilleur film en langue étrangère.
Tous les artisans du cinéma québécois rencontrés, hier après-midi, lors d’un hommage rendu au cinéaste Denys Arcand ont salué ce nouvel exploit de notre cinématographie locale.
« C’est formidable. Ça démontre que notre cinéma commence à être reconnu de façon sérieuse, a souligné la productrice Denise Robert, qui a remporté cet Oscar il y a huit ans avec Les Invasions barbares, de Denys Arcand.
En conférence téléphonique depuis le Festival de Sundance, en Utah, hier matin, Philippe Falardeau a fait rigoler les journalistes en disant qu’il cherchait ses mots, comme un joueur de hockey après un match.
« Je me sens comme un joueur qui a du mal à exprimer ses émotions et qui dit des mots comme « incroyable » et « indescriptible ». Alors, ce que je ressens en ce moment est incroyable et indescriptible.
« C’est un rêve que je n’avais jamais osé avoir qui se réalise », a ajouté le cinéaste québécois.
Cris de joie
Fébrile, Falardeau a raconté ensuite qu’il avait bien failli rater la cérémonie d’annonce des nominations, à cause d’une mauvaise connexion Internet :
« On était en pyjamas, moi et mes deux producteurs (Luc Déry et Kim McCraw). On venait de manger des céréales Lucky Charms, les mêmes qu’ils avaient mangées l’an passé avant qu’Incendies soit choisi. On a eu un moment de panique parce qu’on n’arrivait pas à trouver le lien Internet pour regarder l’annonce des nominations. Mais à la dernière minute, on a réussi.
« Je faisais les cent pas, je n’écoutais pas les autres nominations. Quand c’était au tour des films en langue étrangère, j’ai juste entendu Canada. J’ai crié, j’ai sauté dans les bras de mon producteur Luc Déry, comme un bébé. »
Après Incendies de Denis Villeneuve l’an passé, c’est donc la seconde année d’affilée qu’un film québécois se glisse parmi les finalistes de cette prestigieuse catégorie. Le drame adapté de la pièce de théâtre de Wajdi Mouawad s’était toutefois incliné devant In A Better World, de la Danoise Susanne Bier.
« Ce qui me réjouit, c’est de savoir qu’un film intime à petit budget comme Monsieur Lazhar peut se retrouver à côté de productions hollywoodiennes dans le gala le plus prestigieux au monde, a observé Falardeau.
« Je pense que ça devrait nous encourager à continuer à faire les films qu’on a à l’intérieur de nous et de ne pas essayer de copier des recettes avec des moyens qu’on n’a pas. Je crois qu’il faut collectivement se réjouir qu’un film comme Monsieur Lazhar rayonne sur notre production de cinéma d’auteur. »
Falardeau a tenu du coup à féliciter les deux autres films canadiens en nomination aux Oscars, soit les courts métrages d’animation Dimanche de Patrick Doyon et Wild Life d’Amanda Forbis et Wendy Tilby. Il a aussi remercié toute l’équipe de son film, dont ses acteurs :
« Ils sont en grande partie responsables du succès du film. »
Forte compétition
À part le film iranien Une séparation, Philippe Falardeau n’a vu aucun des quatre autres longs métrages en lice pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère - Bullhead (Belgique), Footnote (Israël) et In Darkness (Pologne).
« La compétition est forte et le film iranien est excellent, alors je vais garder une certaine dose de lucidité. »
Falardeau ne sait pas trop ce qui l’attend pour les prochaines semaines. Il est d’abord attendu aux festivals de Goteborg, en Suède, et de Rotterdam, aux Pays-Bas. Après quoi, il suivra les instructions des ses deux producteurs qui ont vécu cette aventure l’an passé avec Incendies.
« S’ils me demandent de retourner à Los Angeles avant les Oscars, je le ferai dit-il. Comme Denis (Villeneuve) avait dit l’an passé, c’est déjà une victoire de se rendre jusque-là. Il y aura des démarches à faire, c’est sûr, mais je vais les faire avec le coeur plus léger que les dernières semaines.
« Pour me préparer à cela, je vais me poser la question : pourquoi je fais ce métier ? Et je sais que ce n’est pas pour gagner des prix. Je fais ce métier parce que j’aime le cinéma. »
Le réalisateur de Congorama et C’est pas moi, je le jure ! devient donc le troisième cinéaste québécois à être nommé dans cette catégorie, après Denis Villeneuve, l’an passé, et Denys Arcand, qui a été finaliste à deux reprises (en 1987 pour Le déclin de l’empire américain et en 1990 pour Jésus de Montréal) avant de finalement mettre la main sur la statuette, en 2004, pour Les Invasions barbares.
La 84e Cérémonie des Oscars se tiendra, le 26 février, au Kodak Theatre, à Hollywood.
- Suite à sa nomination aux Oscars, Monsieur Lazhar prendra l’affiche sur 15 nouveaux écrans au Québec, à compter de vendredi. Le film cumule à ce jour des recettes de près de 2 M$.