C’est peut-être seulement dû à son allure austère et à son style cérébral, mais Stephen Harper a le tour d’inquiéter même quand il annonce de bonnes nouvelles. Ou alors, c’est parce qu’il promet du changement...
Le premier ministre canadien était un des conférenciers d’honneur au sommet économique de Davos en Suisse, hier, et il ne s’est pas gêné pour rappeler aux 2 400 membres de l’élite financière internationale que ce n’est pas par hasard, ni par gentillesse, qu’on l’a invité à prendre la parole.
Alors que l’économie des États-Unis et celles des pays européens sont en sérieuses difficultés, M. Harper a rappelé que « le Canada a connu une performance économique supérieure à la plupart des pays développés. »
« Le Canada est l’un des deux seuls pays du G-7 à avoir recouvré tous les emplois perdus pendant la récession mondiale. Il y a plus de Canadiens sur le marché du travail maintenant qu’avant le ralentissement économique. »
Pas de fausse humilité
Pour faire bonne mesure, il ajoute : « L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et le Fonds monétaire international (FMI) prévoient que notre économie sera encore parmi les meilleures des pays industrialisés ces deux prochaines années, et le Forum économique mondial affirme que nos banques sont les plus solides du monde. »
Cet étalage des succès canadiens visait à permettre à M. Harper de critiquer les autres pays pour avoir tardé à adopter des mesures impopulaires.
« Est-ce que, dans le monde développé, nous sommes trop nombreux à nous complaire dans notre prospérité, à considérer notre richesse pour acquise, à supposer qu’elle soit dans l’ordre naturel des choses, à nous préoccuper avant tout des services et des droits auxquels nous sommes habitués ? » demande-t-il.
Devinez sa réponse ?
« La richesse des économies occidentales n’est pas plus inévitable que la pauvreté des économies émergentes. Les problèmes qui affligent l’Europe, ainsi que les États-Unis, sont certes éprouvants aujourd’hui, mais à mon avis, ils menacent de s’aggraver encore davantage à l’avenir. »
Dans son discours d’hier, M. Harper avait aussi un message limpide pour les Canadiens : nous n’allons pas imiter l’Europe et profiter béatement de notre prospérité.
Sans entrer dans les détails, il a promis, pour les mois à venir, des « réformes majeures » dans les politiques d’immigration, dans le régime de pensions, dans la réduction de la taille de l’État et des études d’impact environnemental de projets tels que pipelines, mines et sables bitumineux.
Il parle aussi de multiplier les traités de libre-échange en Europe et en Asie, de maximiser les exportations de ressources naturelles. Il parle aussi de freiner les dépenses en santé, de réduire la taille du gouvernement...
Un plan conservateur, certes
Bref, M. Harper a un plan, un plan conservateur, certes, un plan qui veut recourir à l’austérité maintenant, pour préserver la prospérité de demain.
C’est un plan qui va déranger la zone de confort de bien des gens, nous forçant tous à devenir plus productifs, plus concurrentiels, et moins dépendants de l’État-providence qui est l’image de marque du Canada..
C’est sûr que Harper sera démonisé par les suspects habituels au Québec (Harpeur méprise les valeurs québécoises...) Mais les citoyens, eux, y penseront par deux fois avant de partir en guerre contre Ottawa.
C’est que le Canada « mesquin » de Harper se compare favorablement au « rêve » américain et à l’Europe « généreuse » d’aujourd’hui...