Marc Hervieux

Un cri du cœur de Marc Hervieux

CHRISTOPHE RODRIGUEZ

Christophe Rodriguez @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Un cri du cœur de Marc Hervieux

PHOTO d’archives

Malgré ses derniers succès sur disque, le populaire ténor Marc Hervieux est inquiet de l’avenir de l’univers de l’opéra et de la musique classique, qui affrontent des moments très difficiles. « Je trouve cela apeurant. C’est notre avenir culturel qui est en jeu. »

Le ténor s’est confié en exclusivité au Journal de Montréal. En pleine tournée québécoise, qui le mènera à Valleyfield, Sherbrooke et Gatineau, puis l’Orchestre symphonique de Montréal pour deux soirs qui affichent complets, Marc Hervieux lance un cri du cœur sur sa profession :

« Oui cela m’inquiète énormément et nous le sentons à travers le monde. Les subventions disparaissent, les tournées sont de plus en plus courtes et les contrats incertains, même si je me considère comme privilégié. Après la déconfiture de certains orchestres américains, qui se sont placés sous la protection de la loi sur les faillites, la lame de fond nous touche de plein fouet.

Plusieurs orchestres en difficulté

L’artiste inquiet continue son cri du cœur. « À l’opéra d’Ottawa, les représentations furent annulées pendant une année et plus grave encore, comment est-il possible de demander à un public de dépenser 350 où 400 dollars pour à un abonnement, sans trop savoir s’il y aura une suite. Idem pour celui d’Ottawa, qui a ouvert avec Lucia et qui a finalement mis la clé sous la porte.

« À Montréal, l’Opé­ra fait ce qu’il peut, mais le nombre de productions a chuté radicalement. Sans être nostalgique, sept ou huit opéras pouvaient être présentés et maintenant, nous sommes rendus à quatre. Imaginez comment cela peut être angoissant pour les jeunes finissants, la relève de notre métier, qui espèrent se trouver une place ? »

Un manque de vision culturelle

Nous faisant l’avocat du diable, nous pourrions rétorquer qu’en temps de crise, il faut économiser : « Je comprends très bien cela, mais c’est notre avenir culturel qui est en jeu. Quand je vois le gouvernement conservateur couper dans les subventions aux tournées à l’étranger, le constat est épeurant. Plusieurs chefs d’orchestre nous représentent sur la scène étrangère sans compter les interprètes. Est-ce à dire que les politiciens n’ont pas de vision culturelle, que sans cela, notre culture ne peut évoluer ?

« L’opéra, la musique classique et toutes les formes d’art en général sont nos fiertés nationales. Souvent je parle avec des collègues qui me confient que les salles, sont difficiles à remplir, surtout quand les subventions sont inexistantes. Le ministère des Affaires culturelles (Québec) fait beaucoup pour exporter nos artistes, mais qu’arrivera-t-il le jour où les fonds disparaîtront ? Parlez-en à Grégoire Legendre (directeur artistique de l’Opéra de Québec), qui a fait venir Placido Domingo, Starmania Opéra, Robert Lepage. Il se bat pour avoir des subventions, passe souvent des nuits blanches, parce qu’un jour tout est sauvé et le lendemain, il lui faut repartir à zéro. »

Il réclame de l’action

Marc Hervieux lance alors un appel à la mobilisation. « Il faut que l’industrie du spectacle se mobilise et des initiatives comme la nouvelle Maison symphonique de Montréal, représente un atout. Grâce à cette nouveauté, il faut piquer la curiosité, pousser le public à aller voir et entendre et surtout, arrêter de penser que l’on peut toujours avoir de grandes vedettes. Récemment, je lisais une critique au sujet d’Il Trovatore (la nouvelle production de l’Opéra de Montréal), où l’on reprochait le manque de voix importantes. C’est un discours ridicule, puisque cette institution ne peut donner les cachets demandés, donc faisons comme les compagnies d’opéras canadiennes en donnant la chance, à de jeunes vedettes d’ici. Pour conclure, soyons aussi près du public, démocratisons l’opéra et arrêtons de penser que tous les interprètes vivent dans un autre monde  », conclut le ténor apeuré.