Commission scolaire

Empêchés d’étudier

Le père ne pouvant prouver sa citoyenneté, les enfants écopent

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Sarah-Maude Lefebvre @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Empêchés d’étudier

Photo le journal de montrÉal, Chantal poirier

Philippe Faul souhaite « plus que tout au monde » que ses enfants Terrence et Shana fréquentent l’école le plus rapidement possible.

Parce qu’il ne peut prouver sa citoyenneté canadienne et qu’il fait face à des délais administratifs, un père de famille est contraint de payer 10 000 $ à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) pour que ses deux enfants puissent fréquenter l’école primaire.

Or, comme Philippe Faul n’a pas les moyens de débourser une telle somme, ses enfants Terrence, 9 ans, et Shana, 6 ans, risquent de rater leur année scolaire.

Français d’origine, M. Faul a obtenu sa citoyenneté canadienne en 1978. Déménagé en France au début des années 2000, il est revenu au pays l’été dernier avec sa femme et ses enfants.

« Malheureusement, je me suis fait voler mon camion en France, avec tous mes papiers dedans, y compris mon certificat de citoyenneté canadienne », raconte-t-il.

Lorsqu’il a voulu inscrire ses enfants à l’école de son quartier au début de l’année scolaire, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys a refusé de prendre les deux élèves en charge, prétextant l’absence de preuve de citoyenneté de M. Faul.

« C’est ridicule, tonne M. Faul. J’ai rencontré les gens de la commission scolaire à deux reprises. Ils ont vu mon dossier scolaire, puisque j’ai déjà étudié au Québec. Ils ont même mon code permanent. Ils ont toutes les preuves du monde comme quoi je réside ici. Mais ils ne veulent rien entendre. »

Six mois d’attente ou 10 000 $

Le père de famille, qui a démarré une petite entreprise en construction, avoue éprouver des difficultés financières. Cela lui a pris quelques semaines avant de réunir l’argent nécessaire pour obtenir les certificats de citoyenneté canadienne pour ses enfants et lui.

« La mère de ma femme nous a envoyé de l’argent pour les cadeaux de Noël des enfants. C’est avec cet argent que nous avons payé les demandes, explique-t-il. Mais les délais peuvent être longs. Jusqu’à six mois. Que vont faire mes enfants en attendant ? »

La commission scolaire a de son côté offert à M. Faul de payer les frais de scolarité pour ses deux enfants quitte à être remboursée plus tard, une fois les preuves de citoyenneté obtenues.

« Je n’ai vraiment pas les moyens de payer cette somme maintenant, désespère M. Faul. Pendant ce temps-là, ma femme essaie de maintenir mes enfants à un niveau scolaire acceptable, mais ce n’est pas évident. »

« Mes enfants sont complètement déboussolés. Ils se demandent pourquoi l’école ne veut pas d’eux. Ils commencent à se faire des amis et tous leur demandent pourquoi ils passent leurs journées à la maison. »

Il faut des preuves

Contacté à ce sujet, le porte-parole de la CSMB, Jean-Michel Nahas, a refusé de commenter le cas précis de M. Faul, mais a indiqué que la commission scolaire ne « peut agir autrement », sans preuves de résidence.

« Ce genre de cas arrive relativement souvent, dit-il. Nous offrons différentes alternatives aux parents, notamment de débourser les frais qui sont remboursables plus tard ou encore de demander un certificat de sélection du Québec. Dans certains cas exceptionnels, il y a une certaine flexibilité, mais il faut au moins que nous ayons un contact avec Immigration Canada. »

Déçu par l’attitude de la CSMB, M. Faul espère vivement que ces délais n’auront pas d’impact sur le cheminement académique de ses enfants, qui ont déjà raté presque la moitié de leur année scolaire. « On est revenu au Québec pour aller de l’avant. Je veux juste que ça fonctionne. »

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