Il existe trois sortes de mensonges : les mensonges, les semi-vérités et les statistiques. Cette phrase de Mark Twain résonne à la lecture de la dernière chronique de Nathalie Elgrably-Levy dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec : Le triomphe de la vérité. La vérité a un mode d’emploi. Et Mme Elgrably-Levy ne semble pas le connaître.
Dans sa chronique, Mme Elgrably-Levy reprend l’ensemble des tactiques qui ont jadis fait le succès de ceux qui nient l’existence des changements climatiques. L’objectif est simple : transposer un débat scientifique, depuis longtemps terminé, sur le terrain de l’opinion afin de semer le doute sur la réalité du réchauffement climatique.
USAGE SÉLECTIF DES FAITS
Elle fait d’abord un usage sélectif des faits en référant à deux articles récemment publiés par le Daily Mail britannique et le Wall Street Journal, deux publications notoirement sceptiques qui s’appuient elles-mêmes sur des scientifiques dont les conclusions ont été rapidement rejetées, et qui ont pour la plupart des liens avec l’industrie pétrolière.
Ces publications allèguent que le climat ne s’est pas réchauffé depuis 1997. Évidemment, lorsqu’on choisit une année de référence comme 1998, année exceptionnellement chaude, on peut conclure que le réchauffement s’est arrêté. Je peux également, de la même manière, démontrer que Scott Gomez est un marqueur de 15 buts en moyenne depuis 1999. Ou qu’il en marque trois par année depuis 2010. Rappelons que, selon l’Organisation météorologique mondiale, la dernière décennie (2001-2010) a été la plus chaude, avec 9 des 10 années les plus chaudes jamais enregistrées.
RIGUEUR ABSENTE
Mme Elgrably-Levy place également sur le même pied un quart de siècle de recherche scientifique revue par des comités de pairs et des milliers de publications universitaires, d’une part, et, d’autre part, les prétendues recherches d’instituts qui, comme l’Institut économique de Montréal (IEDM), ont en commun de n’avoir jamais réussi à publier une seule étude scientifique sur le climat. On s’attendrait à plus de rigueur de la part d’un organisme comme l’IEDM.
Si le changement climatique est faux, comment se fait-il que plus de 97 % des scientifiques qui publient sur le sujet et les académies des sciences de tous les pays importants s’entendent pour dire que les changements climatiques sont véritables et principalement causés par l’humain ?
LA RÉALITÉ
La réponse est simple. Elle est dans la réalité.
Quatre séries de données indépendantes recueillies par la NASA, le NOAA, l’Agence météorologique japonaise et le MET Office du Royaume-Uni pointent toutes dans la même direction, celui d’un réchauffement qui s’accélère. Nous avons aussi à notre disposition 12 séries d’évidences qui permettent de documenter et d’observer concrètement les effets du réchauffement. Même une étude commanditée par des groupes de sceptiques aux États-Unis pour démontrer que ces données étaient biaisées est arrivée à la conclusion que le réchauffement est bien réel. Mme Elgrably omet de mentionner cette étude du Dr Richard Muller.
SYMPTÔMES VISIBLES
Mondialement, nous nous dirigeons vers un réchauffement de 3,5 degrés Celsius alors qu’au Québec, le Consortium Ouranos indique que le réchauffement atteindra deux degrés d’ici la fin de la décennie. Et les symptômes de ce réchauffement sont déjà bien visibles pour les citoyens. Absence de glaces dans le golfe du Saint-Laurent, érosion des berges sur la Côte-Nord, inondations en Montérégie, fonte du pergélisol dans le Grand Nord, redoux hivernaux plus fréquents dans le sud-ouest de la province, etc.
Bref, les citoyens n’ont pas besoin de lire des études scientifiques pour comprendre que le monde change sous leurs yeux. Rien de ce que Mme Elgrably pourra écrire ne changera cette réalité.
Karel Mayrand,
Directeur général pour le Québec, Fondation David Suzuki, et président,
Réalité climatique Canada d’Al Gore
Pierre Lussier,
Directeur, Jour de la Terre
Patrick Bonin,
Directeur climat-énergie, AQLPA