Plaisirs simples

Du bonheur gratuit à portée de main

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Renée Laurin @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Du bonheur gratuit à portée de main

photo GETTY IMAGES

Certains plaisirs simples, comme jouer dans la neige avec ses enfants, ne coûtent pas un sou.

«Est-ce que je t’ai parlé de ma nouvelle cour ? Je capote. Elle est magnifique, géniale. Je passe mes soirées dehors à m’y prélasser avec les enfants. »

Au bout du fil, la joie de ma voisine était palpable. Son chum venait de leur faire un gros cadeau : une patinoire. Pas bien grosse, mais juste assez pour que les enfants puissent faire des ronds sur la glace et lancer quelques rondelles dans un filet. Le soir même, je suis allée jeter un coup d’oeil à son paradis hivernal. J’ai aperçu son vieux banc de jardin en bois installé juste en face de la patinoire, son foyer endormi dans le coin gauche prêt à s’animer à tout instant et, accrochées aux branches des arbres, des lumières bleues illuminant la nuit froide.

Un long frisson a parcouru ma colonne. Sa cour était magnifiquement inspirante. Je me suis aussitôt revue cinq ans plus tôt, dans mon propre jardin de givre : celui que j’aménageais tous les hivers, avec ou sans les enfants. Nous y construisions des buttes de neige pour glisser, des forts pour se cacher et mettre en scène des histoires d’aventuriers perdus, coincés dans la tempête et même une patinoire quand mon chum avait le courage de se lancer dans l’aventure.

Comme ma voisine, j’ai passé de longues soirées à rêvasser dans notre univers glacé en compagnie des enfants, écrasée avec eux dans la neige à avaler les flocons tombés du ciel. Quand j’y repense, je me dis que ces moments magiques font partie de mes plus beaux souvenirs d’hiver avec eux. Ces instants de pur bonheur ne nous ont pas coûté un sou, si on exclut bien sûr les frais d’intérêt de l’hypothèque, qui nous permet de profiter d’une cour arrière. Le bonheur, le vrai, sait se contenter de peu de chose.

Renouer avec les plaisirs simples

Nos loisirs et toutes ces activités que l’on s’offre pour alléger et pimenter notre vie quotidienne en famille ne doivent pas nécessairement nous coûter les yeux de la tête. La vie avec de jeunes enfants nous permet de renouer avec tous ces plaisirs simples que nous mettons de côté en vieillissant pour nous lancer dans une quête de sensations toujours plus fortes. Pourquoi ne pas tenter de nous mettre à leur niveau, juste un instant, pour voir ?

Les jeunes enfants n’ont pas besoin de tous ces jouets sophistiqués et ultra-éducatifs, qui finissent par encombrer nos sous-sols. Les casseroles et les plats Tupperware font très bien la job. Ils n’ont pas besoin non plus de ces centres de jeux intérieurs surpeuplés et infestés de microbes. Ils savent se contenter d’une butte dans un parc, d’un filet d’eau le long des trottoirs, de quelques bouts de bois et de quelques cailloux pour s’inventer des univers. C’est notre insistance à vouloir leur offrir toujours plus qui finit par créer chez nos enfants cette escalade insensée de besoins.

Je remets aussi en question cette manie que nous avons tous de les inscrire à une foule d’activités de loisirs la fin de semaine alors qu’ils n’ont pas encore atteint l’âge de 5 ans. Oui, ils ont besoin de bouger, d’être occupés et encadré un peu plus dans nos villes où on a tout pensé et tout aménagé en fonction des voitures d’abord, mais doit-on toujours payer pour que d’autres s’occupent d’eux ? Dans notre quartier de la Rive-Sud de Montréal, les parents se donnent la main pour organiser, la fin de semaine, des parties de hockey amicales sur notre patinoire de quartier. Pas de compétition, pas d’équipement qui coûte les yeux de la tête et, surtout, aucune obligation de se lever au petit matin. Nos enfants ne seront jamais des champions de hockey, mais ils apprennent à patiner et à s’amuser en groupe sans ressentir la pression d’avoir à performer pour être appréciés et reconnus. J’ose espérer qu’ils se souviendront toute leur vie de ces moments de plaisirs gratuits partagés avec leurs parents et les enfants du quartier.