Chronique

Ridicule

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Jean-François Racine @

Journal de Québec, Publié le: | Mise à jour:

Commentaire du journaliste Jean-François Racine, cycliste pour l'équipe Garneau Quebecor, au sujet de la suspension d'Alberto Contador pour dôpage.

Journal de Québec

Le verdict de culpabilité rendu 566 jours plus tard laisse toujours planer un doute désagréable sur ce dossier profondément ridicule d'Alberto Contador.

Le malaise subsiste encore malgré cette suspension. Il faut continuer de traquer les tricheurs mais pas de cette manière. De A à Z dans cette triste affaire, les procédures ont été menées de manière bizarre.

À moins de cinq mois du Tour de France 2012, le débat est encore de savoir qui a remporté l’édition 2010. Un peu gênant. Les délais déraisonnables ont miné la crédibilité de la poursuite. Ce dénouement me renverse.

Depuis le début, j’ai cru que tous les acteurs cherchaient à sauver la face. L’AMA devait défendre son autorité, l’UCI se trouvait inconfortable sur un vélo sans selle et l’ASO, qui organise le Tour, voulait voir le champion au départ de son épreuve en juillet 2011.

Sans gloire

Il fallait refermer le panier de crabes mais les résultats du contrôle antidopage ont été publiés à l’échelle mondiale. Une quantité infinitésimale de 50 picogrammes de clenbutérol. Des experts ont émis des doutes « scientifiques ». Quoi faire?

Comment imaginez une situation aussi absurde : Si Alberto Contador avait gagné le Tour 2011 à la place de Cadel Evans, le Luxembourgeois Andy Schleck serait devenu le premier cycliste à gagner deux Tour de France d’un seul coup en se faisant battre sur les Champs-Élysées à chaque fois. Sans jamais avoir eu la gloire du jaune à Paris.

Récemment, Schleck avait lancé un message clair. Il ne veut rien savoir de cette victoire octroyée par un tribunal. « Il n’y a aucune raison d’être heureux. Je me suis battu contre Contador sur cette course et j’ai perdu. Si je gagne cette année, je considérerais cela comme ma première victoire. »

Hors de tout doute

Depuis des dizaines d’années, la majorité des coureurs se dopent. S’il faut déshonorer un athlète, le suspendre et lui retirer deux titres majeurs, mieux vaut s’assurer de sa culpabilité hors de tout doute. Contador est présumé coupable et il est incapable de prouver son innocence. Devant une cour criminelle, il aurait été acquitté.

Vendredi, la justice américaine a blanchi Lance Armstrong. Trois jours plus tard, Contador est suspendu deux ans mais pourra revenir en août prochain pour disputer la Vuelta en Espagne.

Des probabilités

Eddy Merckx a jugé qu’il s’agissait d’une punition excessive. Trop sévère en raison de l’impossibilité de démontrer autre chose, mais pas assez si l’athlète est réellement chargé à bloc de substances interdites.

Le Français Pierre Rolland a tenu les propos les plus pertinents. L’espoir de l’équipe Europcar a déclaré que « seul le moment présent compte vraiment. »

L’ingestion de suppléments nutritifs contaminés, comme le souligne le TAS, apparaît un peu plus probable que la farce du steak. Encore une fois, nous sommes dans le domaine des probabilités. La lutte au dopage se doit d’être plus sérieuse.