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Qu’ont de commun les problèmes de Gilles Duceppe au sujet du directeur du Bloc, ceux de l’ex-ministre Nathalie Normandeau quant au Plan Nord et les ratés du financement de la CAQ de François Legault?
D’une façon d’une autre : l’argent. Ces dossiers − dont on se limitera à dire qu’ils ne constituent pas les scandales du siècle −, ont fait les manchettes ces derniers temps, donnant lieu aux analyses moralisatrices des commentateurs. Cela a donné encore plus l’impression que la politique était intrinsèquement pourrie. Il fallait entendre l’autre jour un indigné comparer stupidement la corruption ici à celle des pays arabes!
Notre culture politique a dérivé vers des normes de pureté malsaines parce qu’irréalistes. Il faut dire que les politiciens eux-mêmes ont creusé leur tombe dans leur désir démagogique de prouver leur vertu totale.
Les slogans
Qui a oublié le slogan bloquiste « Un parti propre au Québec »? Legault a ajouté à son manifeste, à la dernière minute, un vertueux « commissaire à l’intégrité ». Quant à Normandeau, elle a voté avant son départ une réglementation sur les conflits d’intérêts dont on veut maintenant qu’« elle respecte l’esprit ».
Avant, c’était plus franc. On acceptait que la politique était l’encadrement de la loi de la jungle, un combat permettant de gérer imparfaitement d’incontournables conflits de valeurs et d’intérêts.
On confondait moins morale et politique, même si cette dernière devait incorporer certains éléments moraux pour rester crédible : ne pas voler ni frauder ni se livrer au trafic d’influence, dire le plus possible la vérité − un politicien n’étant jamais en mesure de dire toute la vérité.
Il est révélateur qu’on ne parle plus aujourd’hui de morale, mais de quelque chose de plus mielleux et nébuleux : l’éthique. Tolérance zéro : il faut respecter non seulement la loi, mais aussi « l’esprit de la loi ». Être transparent, totalement irréprochable.
Règles inapplicables
Sous les applaudissements de tout le monde, les règles d’éthique deviennent toujours plus exigeantes et compliquées, inapplicables et inappliquées.
Ce qui nécessitera d’autres resserrements, ces maudits politiciens étant incorrigibles!
Paradoxalement, l’obsession de la pureté génère encore plus de corruption. Espérons que la commission Charbonneau n’accentuera pas le cercle vicieux de normes toujours plus irréalistes, transformant tous les politiciens en escrocs réels ou appréhendés.
L’histoire enseigne qu’il faut se méfier des saints en politique. Danton, le révolutionnaire français, aimait les femmes et l’argent, mais il sut rester humain, pendant que « l’incorruptible » Robespierre envoyait des milliers d’innocents à la guillotine.
Churchill prenait un coup et avait de gros moments de dépression, alors qu’Hitler, le végétarien, ne buvait ni ne fumait, l’argent n’étant rien pour lui.
Au Québec, les restes de catholicisme sont manifestes dans la démonisation de l’argent en politique. Le phénomène a atteint des sommets délirants qui auraient fait sourire René Lévesque lui-même.
On veut carrément interdire au citoyen toute contribution aux partis politiques! Il devient plus suspect de subventionner ces deniers qu’un chapitre des Hell’s Angels.
Si cela continue, il n’y aura plus que les saints pour faire de la politique au Québec. Pour notre plus grand malheur…
Réservons notre vertueuse indignation pour les vrais scandales, qui ne manquent pas, entre autres au niveau municipal.
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