Le jour même de l’éclatement de l’affaire Ian Davidson, le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, se devait de confier à la Sûreté du Québec une enquête indépendante sur ce vol de documents ultraconfidentiels de la police de Montréal, susceptible de mettre de nombreuses vies en danger.
L’ex-policier Davidson cherchait à vendre la liste des 2000 informateurs du SPVM au crime organisé. Un épais brouillard enveloppe encore les démarches et les divulgations qu’il a pu faire pour appâter des acheteurs potentiels et la possibilité qu’il ait eu un ou des complices au sein du SPVM.
Tout l’appareil policier au Québec a été secoué par la découverte de cette pomme pourrie dans l’une des sections les plus sensibles du SPVM, celle du renseignement criminel.
Si des policiers se sont adressés à des journalistes en qui ils avaient confiance pour leur refiler certaines informations, c’est sans doute qu’ils craignaient que des éléments importants de l’enquête soient enterrés ou maquillés. De longs délais se sont écoulés d’abord entre la connaissance des faits par la direction du SPVM le printemps dernier, l’interception de Davidson à l’aéroport alors qu’il s’enfuyait au Costa Rica en octobre et la publication de l’histoire en janvier.
L’enquête de la SQ doit être concentrée sur tous ces aspects inquiétants de la gestion du dossier Davidson et non, par diversion, sur des contacts possibles entre journalistes et policiers inquiets. Ces derniers ont eu recours à une forme bien connue de «whistle blowing» qui consiste à couler des informations pour faire éclater publiquement un dossier ou une partie de dossier que les dénonciateurs ont des raisons de croire que le contenu demeurera caché.
Mandat clair
M. Dutil doit préciser le mandat de la SQ dans les plus brefs délais, en l’orientant vers les agissements de Davidson et ceux de la direction du SPVM.
Il doit être clair et ferme que des mandats ne seront pas demandés pour de l’écoute électronique sur des journalistes, si ces derniers ne sont pas soupçonnés de crimes.
Les policiers de la SQ doivent aussi être prévenus de ne pas se livrer à des parties de pêche dans les salles de rédaction et dans du matériel journalistique.
Liberté de la presse
Les journalistes ont le droit de travailler librement dans les pays démocratiques et leurs sources, celui que leurs relations avec les gens de la presse demeurent confidentielles, si elles ne comportent pas un caractère criminel.
Le gouvernement Charest a été mis dans l’embarras à de nombreuses reprises par des enquêtes journalistiques. Les médias ne laisseront pas ce même gouvernement les intimider avec une enquête policière et semer la crainte chez des sources passées et potentielles. M. Dutil n’a pas eu le bon réflexe de se tourner vers la SQ pour mener l’enquête sur l’affaire Davidson. On ne répare pas une erreur par une autre.