L’après « désins »

Jean-Luc Mongrain

Jean-Luc Mongrain

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Dans un Québec pas si lointain, on enfermait des gens dans des asiles. La grande majorité souffrait d’une maladie mentale, les autres pas… En fait, on en a même interné qui, s’ils avaient vécu à notre époque, ne l’auraient jamais été. Vous en connaissez surement ; pensons à Nelligan ou Alys Roby.

Fort heureusement, les choses ont évolué depuis. Les connaissances scientifiques en matière de troubles mentaux ont progressé. Tout comme notre approche et notre ouverture face à la différence, avec pour effet que nous acceptons mieux les personnes qui en souffrent au point de comprendre et de consentir à ce qu’elles puissent avoir une vie dite normale en tentant de les intégrer dans notre société. 

On a appelé ça la désinstitutionnalisation. Un beau grand principe, au début efficace et justifié. Mais après avoir épuré par étape la clientèle de nos hôpitaux psychiatriques, on a fini par frapper le noyau dur, c’est-à-dire les cas lourds. Ceux pour qui vivre librement parmi nous s’apparente davan­tage à un rêve qu’à une possibilité. Ceux qui commandent un encadrement rigou­reux et des ressources professionnelles, physiques et matérielles importantes.

Toujours l’argent

Le problème, c’est que l’argent n’a pas suivi. Quelques années plus tard, un des instigateurs et promoteurs de la « désins », le Dr Denis Lazure, avouait que trop de mala­des étaient laissés à eux-mêmes et que leur souffrance s’amplifiait, compromettant leur propre sécurité et parfois même celle de la population.

Il arrive trop souvent que les bonnes idées et les bons programmes gouvernementaux perdent leur sens et leur valeur parce que les fonds nécessaires ne suivent pas ou ne rejoignent tout simplement pas celles et ceux qui devraient pourtant en bénéficier. En institutionnalisant la désinstitutionnalisation, on s’est perdu. Peut-être parce que nous n’avions tout simplement pas les moyens de nos ambitions. 

La maladie mentale fait des ravages et engen­dre des drames comme celui de Saint-Romain où un jeune homme a sauvagement tué sa propre mère et ses deux nièces à coups de hache et de pelle vendredi dernier. Les déséquilibres mentaux chroniques et majeurs ne peuvent pas être traités à l’urgence d’un hôpital comme une jambe cassée ou un accident d’auto. Ils exigent un encadrement strict et des ressources constantes à long terme. Sinon, le pire peut arriver. 

Détenus en liberté

Avant, ceux qui sont prisonniers de leur tête étaient enfermés dans des asiles. Aujour­d’hui, ils sont en liberté non surveillée, pris en otage par un système de santé et services sociaux inapte à répondre à leurs besoins.

Les tragédies se succèdent les unes après les autres, mais rien ne change. Dans quelques jours, l’indifférence reprendra sa place. Pas parce que nous aurons perdu notre sens de l’indignation, mais parce ce que ne plus y penser nous procure un faux sentiment de sécurité qui nous permet de continuer à vivre et dormir sur nos deux oreilles.

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