Le sida

Dangereux, mais banalisé

Christine Bouthillier

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Dangereux, mais banalisé

Photo le Journal de Montréal, Christine bouthillier

Gérard Paquette, porteur du VIH, déclaré inapte à rester seul après des tentatives de suicide, a été hébergé à la Maison du Parc à Montréal, en 2001.

Considérés par le ministère de la Santé comme vulnérables aux infections transmises sexuellement, les jeunes omettent pourtant souvent de se protéger. Le sida, autrefois redouté, est maintenant banalisé malgré les ravages qu’il continue à faire.

Seul le tiers des jeunes de 18 à 24 ans actifs sexuellement disent utiliser le condom pour toutes leurs relations sexuelles, souligne une étude du ministère de la Santé.

« Il y a une banalisation du sida. Au début, c’était vu comme une condamnation à mort. Avec l’arrivée de la trithérapie, les gens sont moins malades », explique Catherine Breton, directrice générale de la Maison du Parc, à Montréal.

L’établissement fournit hébergement et services aux personnes vivant avec le VIH-sida, tels que soins de base, réinsertion sociale et soins palliatifs.

Toujours dangereux

Mme Breton rappelle que le sida continue à détruire des vies et, surtout, ne se guérit pas.

« Il n’y a pas juste la trithérapie. Il faut prendre des antibiotiques et des antifongiques, souligne-t-elle. Les sidéens attrapent toujours d’autres maladies. Ils meurent de pneumonies, de cancer. »

Les médicaments ont aussi de graves effets secondaires. Gérard Paquette, diagnostiqué avec le VIH en 1995, a appris qu’il allait perdre la vue à cause d’un glaucome grave causé par son traitement.

« Tout prend le bord »

L’homme de 58 ans a contracté la maladie en omettant de se protéger.

« Dans le monde homosexuel, à l’époque, les condoms, ça n’existait pas. Quand le sida est arrivé, on avait peur, mais le temps passe et tu oublies vite », relate-t-il.

Il constate que ses neveux et nièces banalisent le sida. Il tente désespérément de les convaincre de faire attention.

« Tout prend le bord. Ta vie socia­le, ta santé », déplore-t-il.

M. Paquette a beaucoup perdu avec le sida : ses capacités physiques, son emploi, des amis, emportés par la maladie, et sa famille.

« Quand je l’ai annoncé, certains beaux-frères et belles-sœurs l’ont mal pris. Je ne pouvais plus y aller, ils avaient peur pour les enfants. C’est ça qui vient t’affecter, le rejet des autres », confie-t-il, les yeux pleins de larmes au souvenir de ces pénibles moments.

La dépression s’en mêle

De 2001 à 2003, M. Paquette a fait plusieurs tentatives de suicide dont il porte les marques autour de son cou encore aujourd’hui.

Il dit ne se sentir bien que depuis 2007, grâce à un suivi psychologique, à l’aide des gens de la Maison du Parc, à l’accès à un logement subventionné... et à son chien.

Vaincre les préjugés n’est pas une mince affaire.

« En ville, les gens ont moins peur, mais pas en campagne. En 2003, il y a encore des gens qui n’osaient pas me serrer la main », raconte-t-il.

Beaucoup de chemin reste donc à parcourir.

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