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Éducation | Décrochage

Le ministère cache des chiffres

Impossible de connaître cette année le taux de décrochage de 265 écoles

Le ministère cache des chiffres
Photo SARAH-MAUDE LEFEBVRE Le ministère de l’Éducation refuse de divulguer le taux de décrochage de l’école Pierre-Dupuy, souvent reconnue dans le passé comme étant l’un des établissements les plus en difficultés au Québec.

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Le ministère de l’Éducation refuse de fournir le taux de décrochage de près de la moitié des écoles publiques du Québec.

Malgré les demandes répétées du Journal, il a été impossible de mettre la main sur les taux de décrochage de 265 des 593 écoles du Québec.

De ce nombre, 98 établissements ont un taux élevé d’élèves ayant des difficultés d’apprentissage.

Selon la porte-parole du ministère,

Esther Chouinard, on ne peut divulguer les résultats d’écoles où la proportion d’élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) est supérieure à 50 %, pour des raisons de « confidentialité et d’éthique ».

Line Beauchamp
Ministre
Chantal Longpré
FQDE

Même chose pour les écoles où l’on trouve un faible nombre d’élèves.

Un faux portrait

L’an dernier, l’école Pierre-Dupuy, de la Commission scolaire de Montréal, occupait le dernier rang de notre palmarès sur le décrochage scolaire, avec un taux de 65,1 %.

Puisque son taux d’élèves EHDAA a dépassé la barre des 50 % cette année, le ministère refuse de dévoiler son taux de décro­chage actuel.

Les résultats de l’École alternative du Relais, de l’École Rosalie-Jetté ainsi que de l’École secondaire John-Grant 2001, qui présentaient toutes, en 2008-2009, des taux de décrochage supérieurs à 54 %, ne sont également pas disponibles.

« Le ministère nous présente un faux portrait de la situation », rage la présidente de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, Chantal Longpré.

« Qu’est-ce qu’on a à cacher, sinon un manque flagrant de ressources dans les écoles qui éprouvent des difficultés ? Le ministère s’amuse à cacher des chiffres en jouant avec des règles de calcul. »

Droit de savoir

En raison de ces règles ministérielles, il est impossible d’avoir un portrait de la situation dans certaines commissions scolaires où le taux de décrochage est très élevé.

Par exemple, on sait que la commission scolaire Crie présentait en 2009-2010 un taux de décrochage de 90,1 %, mais le Journal n’a eu accès à aucun résultat pour les écoles qu’elle encadre.

« Comment peut-on améliorer les choses en étant dans l’ignorance ? Les parents ont le droit de savoir ce qui se passe dans l’école de leur enfant », déplore Mme Longpré.

« Sensibilité » ?

De son côté, la ministre de l’Éducation Line Beauchamp réplique que ces règles ministérielles ont été mises en place il y a quelques années pour des raisons de « sensibilité ».

« Si on rendait les données publiques, on se rendrait compte que bon nombre d’établissements auraient un taux de 100 % de décrochage, affirme la ministre Beauchamp.

« Ça aurait un impact important sur l’estime de soi des élèves et la motivation des équipes-écoles. »

Néanmoins, Mme Beauchamp reconnaît que ce « système n’est pas parfait ».

« Mais il faut fixer la limite quelque part. Si on donne un chiffre pour une école en particulier, comme Pierre-Dupuy, est-ce qu’on le donne aussi pour toutes les écoles ? Si, l’an prochain, cette école a un taux de 49 % d’élèves EHDAA, son taux de décrochage sera rendu public. »

Palmarès des écoles
CS Crie :
90,1%
CS Kativik :
80,1%
CS du Littoral :
40,5%
CS Western Québec :
37%
CS Hauts-Bois-de-l’Outaouais :
32,4%
CS des Samares :
30,3%
CS de Montréal :
28,6%
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