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Une des choses tannantes avec Justin Trudeau, c’est qu’il faut toujours l’appeler par son nom au complet.
Juste « Trudeau », c’est le père, à la limite l’aéroport, alors que « Justin » tout court sonne exagérément familier, comme le fils d’un voisin très riche.
Au départ, je ne suis pas très fan des « fils de… ». Surtout quand le rejeton est celui de Pierre Elliott Trudeau, le plus doué des Québécois et des Canadiens de son époque, qui lui firent confiance pour améliorer leur relation.
Le père
Le père faillit tragiquement à la tâche. Le montra bien l’éclatant contraste lors de son décès entre le concert unanime d’éloges dans le reste du Canada et le glacial silence du Québec francophone. Ce dernier s’est senti trahi quand le solennel « Je vous ai compris » d’avant le référendum de 1980 s’est transformé en diminution des pouvoirs du seul gouvernement contrôlé par les francophones du pays.
Avec le fait de naître, le grand moment de gloire de Justin Trudeau fut son allocution aux funérailles de son père. Il y commit la maladresse de gifler gratuitement le Québec en louangeant le combat de Trudeau contre l’accord du lac Meech. Cet accord aurait pourtant renforcé l’édifice trudeauiste, avec l’aide des Mulroney, Bourassa, Charest, Bouchard, rendant moins probable ce Canada de Harper que Justin Trudeau dénonce maintenant.
Homme de tempérament
Justin Trudeau partage avec son père un tempérament bouillant. La chemise largement entrouverte, il joue de son physique de cinéma d’une façon qui ne laisse pas insensible la gent féminine.
Trudeau séduisait davantage par son côté cérébral. Un point sur lequel Justin Trudeau est plus admirable que son père, c’est qu’il a tenu à se faire élire dans une circonscription populaire montréalaise qui ne lui était pas acquise.
Plusieurs francophones ne voient en lui qu’un Poster Boy décoratif. Mais la politique est également image et symbole. Comme dans les dynasties royales d’autrefois, le fils profite de l’aura du père.
Justin Trudeau est le légataire symbolique du fondateur du Canada moderne. C’est pour rappeler le slogan de son père La société juste qu’il a été prénommé Justin, en faisant littéralement un homme de gauche de naissance.
Vision radicale
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il réagisse fortement à l’entreprise de démolition de l’œuvre de son père par les conservateurs de Harper. Son aversion pour leur vision radicale de droite est compréhensible comme sa préférence avouée, en comparaison, pour le Québec.
Vouloir en faire un souverainiste potentiel tient évidemment du délire, même si cela rappelle la déclaration de Pierre Elliott Trudeau qu’advenant l’indépendance du Québec, il resterait en dépit de tout dans sa province natale.
Justin Trudeau a finalement manifesté qu’il était également un Québécois. Cette sortie de celui dont le prénom rappelle un Canada de gauche auquel bien des Québécois tiennent, ne peut être que bénéfique pour le Parti libéral fédéral dans la Belle Province.
Son statut d’héritier du principal héros canadien des temps modernes empêchera peut-être Justin Trudeau d’être traité en paria comme le sont ceux qui sont perçus comme trop québécois, suspectés de flirter, ne serait-ce qu’un moment, avec les diables séparatistes.
Le père n’a rien réglé.
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