L’inconscience des bons sentiments

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Joseph Facal @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Au Québec, la gentillesse, l’ouverture et la naïveté marchent main dans la main.

Vous êtes un immigrant qui arrive, disons, du Sri Lanka. Vous ne parlez que le tamoul. Vous avez mal au ventre et allez à la clinique de quartier. Miracle : un interprète vous aide à vous faire comprendre. 

Le but d’une clinique médicale est de soigner. Il est évidemment plus facile de soigner un patient dont on comprend ce qu’il ressent. Simple, n’est-ce pas ? Non, justement, pas si simple.

Temporaire ?

Un reportage de Martine Turenne, dans le Journal de Montréal d’avant-hier, expliquait que le recours aux interprètes dans le réseau de la santé, calculé en heures de service, augmente à chaque année. Pourtant, le nombre d’immigrants est stable depuis quelques années.

Bref, un service théoriquement temporaire, le temps que l’immigrant apprenne le français, devient de plus en plus permanent. Les « intervenants » sont même « sensibilisés » à y recourir.

Les responsables admettent qu’il n’y a aucune balise, aucune directive claire : on offre le service sans trop réfléchir au fait que sa générosité stimule la demande pour le service. Je ne doute pas un instant que tous ces gens soient animés par les meilleures intentions.

Revenons à notre Sri-lankais du début. Dans le réseau de la santé, on lui offre ce formidable soutien. Sur le marché du travail, l’anglais et le tamoul lui suffisent largement. Quelle impérieuse obligation aura-t-il d’apprendre le français ?

Les gens interviewés par la journaliste reconnaissent que des services d’interprétation comme ceux-là ne sont pas monnaie courante en Europe ou aux États-Unis. Dans ces pays, c’est à l’immigrant de se faire comprendre.

Évidemment, le Québec étant ce qu’il est, on peut supposer que, si ce service n’existait pas, l’immigrant utiliserait ses 32 mots d’anglais et le francophone en face de lui s’empresserait de passer à l’anglais pour être « gentil » et parce que c’est tellement plus « pratique ».

« Plus une société est diversifiée, plus elle est responsable des gens qu’elle reçoit », soutient une enseignante chargée de la formation des futures infirmières. Elle pose comme une évidence, voire comme une exigence morale, qu’il faille renverser le devoir d’intégration : depuis des siècles, c’est pourtant à celui qui vient d’ailleurs que cette responsabilité incombe principalement.

Lucidité

À chaque année, le Québec reçoit plus d’immigrants que la population de villes comme Shawinigan, Rimouski ou Victoriaville. Près de 90 % d’entre eux s’installent à Montréal, un taux de concentration unique au monde. Le programme fédéral de réunification familiale permet aussi de faire venir des parents âgés qui, à l’évidence, n’apprendront jamais le français.

Quand Montréal et le reste du Québec ne se reconnaîtront plus et ne se comprendront plus, et nous y sommes presque, les regrets ne serviront plus à rien.

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