C’était la panique générale chez les employés de Radio-Canada, hier, après l’annonce du départ de son directeur général de l’information, Alain Saulnier. Il s’agirait d’un congédiement sous fond de coupures, alors que le gouvernement conservateur de Stephen Harper s’apprête à sabrer dans le budget du diffuseur public.
Alain Saulnier quittera ses fonctions le 16 mars. Dans une note envoyée à tous ses collègues de Radio-Canada, M. Saulnier a expliqué qu’il quittait la SRC contre son gré. Cette annonce a causé tout un émoi auprès du personnel de la station. Une pétition contre le congédiement de M. Saulnier circule présentement dans la grande tour du boulevard René-Lévesque.
Officiellement présenté comme un « départ » par le vice-président principal de Radio-Canada, Louis Lalande, le congédiement d’Alain Saulnier a provoqué les larmes des employés.« C’est la pagaille », ont confirmé nos sources.
En entrevue au Journal de Montréal, le directeur des relations publiques de Radio-Canada, Marc Pichette, a indiqué qu'il s'agissait d'une « décision de la direction ».
« M. Lalande a signifié à M. Saulnier son souhait d’effectuer un changement à la direction générale de l’information », a-t-il précisé, se refusant à tout autre commentaire à ce sujet.
Bulletin perturbé
La nouvelle du départ de M. Saulnier s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, à commencer par Twitter et Facebook, créant une onde de choc dans le milieu.
Les membres de la salle des nouvelles de Radio-Canada ont perturbé le bulletin de nouvelles de RDI en rendant un bruyant hommage à leur patron. Les applaudissements des journalistes se sont étirés sur plusieurs minutes, forçant Michel Viens à interrompre son animation pour saluer le départ de M. Saulnier.
« Ça a été un choc pour la majorité de mes collègues, a-t-il déclaré en ondes. C’est une nouvelle qui nous a tous bouleversés. »
La FPJQ craint le pire
De son côté, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) s’est dite « très inquiète du congédiement » de M. Saulnier.
« Alain Saulnier ne souhaitait pas partir. Ça nous fait craindre le pire pour l’avenir du journalisme à Radio-Canada », nous a confié le président de la FPJQ, Bryan Myles.
Selon M. Myles, ce départ prend les allures d'une première salve des conservateurs dans leur bataille pour réduire la taille, l'influence et le budget de Radio-Canada.
Le Syndicat des communications de Radio-Canada a aussi dénoncé ce « congédiement » du cadre de l'information. Selon l’organisation, qui représente 1 800 membres, la haute direction a pris « une très mauvaise décision ».
Après 28 ans de service
Entré à Radio-Canada en 1984, Alain Saulnier a occupé plusieurs postes en information télé et radio au sein de l’entreprise. Il a dirigé l’information à la Radio française de 1999 à 2006.
Il est ensuite devenu directeur général de l’information.
Perçu par plusieurs comme le rival de Saulnier, Louis Lalande a vanté les mérites de ce dernier dans un communiqué, soulignant qu’il jouit « d’un très grand respect dans la communauté journalistique au pays ».