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GEOFF MOLSON PRIS AU MILIEU DE LA TEMPÊTE

Réjean Tremblay

Réjean Tremblay

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Même les États-Unis ne se sont pas remis des huit années passées sous la présidence d’un tata. George W. Bush a réussi le tour de force de mener ou de laisser mener la plus grande puissance au monde à la ­limite d’une grande dépression financière. En huit ans.

 

Déréglementation forcenée du système bancaire, guerres fondées sur des mensonges en Irak et en Afghanistan, où on cherche encore les armes de destruction massive ; cadeaux fiscaux aux petits amis du pétrole et de l’armement du Texas.

Et on voit le résultat. Des quêteux aux quatre coins des rues dans des villes américaines et des dizaines de milliers de Québécois, de Canadiens et d’Européens qui achètent au rabais des condos et des maisons que les Américains ne sont plus capables de payer.

Sans parler des centaines de milliers de Chinois qui attendent un visa d’investisseur pour s’installer dans les bungalows laissés à l’abandon en Californie et en Oregon.

Au fond, il n’y a qu’une seule question à poser avec le Canadien. Geoff Molson

est-il un George W. Bush ? Déjà, en moins de deux ans, The Canadien a plongé jusqu’au quinzième rang sur… quinze.

Si Geoff Molson est un George W., ça veut dire qu’il va continuer à prendre de mauvaises décisions et qu’il va laisser ses hommes de confiance, Bob Gainey et Pierre Gauthier, continuer sur leur lancée.

Avec un appel de temps en temps à Paul Wilson chez National pour que les experts en gestion de crise tentent de corriger les gaffes du trio de cerveaux tricolore.

ÉCOUTER LE PEUPLE

Si Geoff Molson ne voit rien, je suis convaincu que ses partenaires qui ont payé le gros prix pour le Canadien essuient régulièrement leurs lunettes. Ils doivent voir les chiffres de l’audimat à la télévision baisser aussi vite que le ­Canadien au classement. Ils doivent savoir que même les « scalpers » se font attraper par la gestion fautive et méprisante du trio Molson-Gauthier-Gainey. Ils vendent les tickets à perte, ce qui va en faire ­pleurer plusieurs, évidemment.

Mais les partenaires du trio Molson-Gauthier-Gainey devraient savoir bien plus. Les dirigeants de ces grandes institutions financières québécoises qui se sont associées aux Molson devraient sortir un peu de leurs bureaux. Ils devraient écouter le monde. Le bon peuple qu’ils regardent d’en haut de la tour.

Parlant de tour, j’ai lunché dans un salon privé de la Banque Royale, au 41e étage de la Place Ville-Marie, vendredi midi. Ce n’est pas pour me gargariser que je le ­souligne. C’est juste que les banquiers avec qui j’ai mangé m’ont parlé ­autant du Canadien que des milliards de la banque. Écoutez bien gens du trio, on parle de la Royal Bank of Canada, on ne parle pas d’un trou à séparatistes !

Vous savez quoi ? Même au 41e étage, on ne supporte plus le mépris affiché par les dirigeants du Canadien envers les francophones du pays, ses premiers clients. Ses plus ardents partisans. Au 41e, on est blessé. Y a quelque chose qui ne passe pas dans la gorge.

Hier avant-midi, je suis allé à la succursale de la Banque Royale à Saint-Sauveur. Au ras du sol. Pas dans les hauteurs. Vous voulez savoir, membres du trio ? Les caissières qui sont venues jaser du Canadien se sentent mal par rapport à leur équipe favorite : « Y a quelque chose qui marche plus. C’est plus pareil. C’est plus nous autres », m’a dit la plus férue de hockey du groupe. Avec de beaux yeux noirs fâchés.

J’ai des petites nouvelles pour Geoff Molson. Le Canadien était une des grandes équipes de la planète. C’était une grande institution en Union ­soviétique, en Suède, en Finlande, dans le reste du Canada et partout aux

États-Unis. À Saint-Pétersbourg comme à Riga et à Moscou, il y avait plein de ­petits ­musées consacrés au Canadien. Cette équipe incarnait le mythe absolu au hockey. Il n’y a plus de ces musées, même les Russes sont gênés !

CONFIANCE ANÉANTIE

J’avais encore confiance en Geoff Molson jusqu’à la semaine dernière. Je me disais qu’il était conscient de ce qui se passait autour de lui et dans le public. Mais quand j’ai vu la face de Bob Gainey, assis à côté de Pierre Gauthier et que j’ai compris qu’il était très présent autour de l’équipe, ç’a été fini la confiance.

Pierre Gauthier, sur le plan hockey, n’a pas été totalement mauvais depuis qu’il est directeur général. Il doit être content d’avoir Kevin Gilmore, un ancien des Ducks d’Anaheim comme Gauthier, à ses côtés pour servir de tampon, mais c’est une autre question.

Cependant, Gauthier a suivi les traces de son maître Gainey dans l’œuvre d’éradication des Québécois francophones au sein de l’organisation. Il n’en reste plus que deux. Un, Mathieu Darche, qui devrait avoir la moitié de son salaire versé par National (propriété des frères Molson de toute façon) puisqu’il semble être le porte-parole ­officiel pour les « grenouilles », et ­l’autre, David Desharnais, que l’organisation n’a jamais eu l’intelligence de même repêcher et qu’elle a laissé ­croupir inutilement à Hamilton.

Et puis, Pierre Gauthier est incompréhensiblement coupé du Québec et de sa société. On peut accepter qu’il vive et paye ses impôts à Burlington, dans le Vermont. C’est sa vie privée et celle de sa famille. Mais entre vous et moi, ça ­envoie un foutu signal aux joueurs et aux agents de toute la Ligue nationale. Le Québec est tellement pourri qu’il vaut mieux vivre à 140 kilomètres de son lieu de travail.

Autre point. Gauthier, Gainey et leur successeur possible, Vincent Damphousse, répètent tous la même ­chanson : « Quand bien même ça serait 20 Chinois qui jouaient pour le ­Canadien, l’important, c’est de gagner ». Justement, les 18 « Chinois » des ­dernières années ne gagnent rien. On pourrait-tu, peut-être, se poser des ­questions ? Ça se pourrait-tu que le lien presque sacré entre les joueurs indigènes  –pour reprendre le vocabulaire des Molson – et la société québécoise ait contribué à toutes ces grandes victoires du passé ?

PRINCIPE DE PETER

J’ai reçu à une certaine époque jusqu’à 800 courriels par jour de fefans en colère parce que j’osais critiquer Bob Gainey. Aujourd’hui, à part les deux ­autres membres du trio, à peu près tout le monde s’est rendu compte que Bob Gainey a été pitoyable comme directeur général.

En fait, Gainey est une très bonne personne et un fort bon coach. En devenant directeur général du Canadien, il a ­atteint son principe de Peter. Le désastre.

Savez-vous combien de joueurs sont passés par le Centre Bell sous la gouverne de Gainey ? Plus de 120. En fait, 122 selon les recherches de Stéphane Laberge, le maître des statistiques du hockey.

C’est Gainey qui a congédié à la mi-saison et sans raison Claude Julien, dernier gagnant de la coupe Stanley avec les Bruins de Boston. C’est lui qui a congédié Guy Carbonneau après avoir clamé trois semaines avant qu’il était le meilleur coup de son séjour à Montréal. Les frères Kotsisyn, Francis Bouillon (gratis), Alex Kovalev (gratis), Michael Ryder (gratis), Guillaume Latendresse (gratis puisque le Canadien n’a rien obtenu pour Benoit Pouliot), Mike Ribeiro (pire que gratis !), Maxim ­Lapierre, Mikhail Grabovski, Alex ­Tanguay (gratis), Sheldon Souray (gratis), Mark Streit (gratis) et des dizaines d’autres partis sans rien d’autre que des choix au repêchage qu’on a trop souvent bousillés, c’est lui.

Scott Gomez, c’est lui. La masse ­salariale du Canadien complètement figée pour des années, c’est lui.

Et aujourd’hui, ça serait le même homme qui serait l’éminence grise ­derrière Geoff Molson ?

Au moins, rassurez vos fans, M. Molson.

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