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Sara Ziff, une révolution dans le monde des mannequins

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Marie-Joëlle Parent @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Sara Ziff, une révolution dans le monde des mannequins

Photo Agence QMI, Marie-Joëlle Parent

La mannequin Sara Ziff.

NEW YORK - 

L’expression « Sois belle et tais-toi » a longtemps régné sur l’industrie de la mode, une industrie où l’abus passe trop souvent sous silence. Ça, c’était avant l’arrivée de Sara Ziff, ex-mannequin new-yorkaise de 29 ans à l’origine d’un embryon de révolution.

Sara Ziff arrive dans un café de TriBeCa, son quartier. Elle ne porte aucun maquillage et ses cheveux viennent de quitter l’oreiller. Sara est d’une simplicité désarmante, c’est le genre de fille qui n’est pas consciente de sa beauté. Elle commande un pain au chocolat et un grand café au lait.

Vous avez sûrement vu son visage omniprésent au début des années 2000, lors­qu’elle était l’image des cam­pa­gnes Tommy Hilfiger, GAP, Kenneth Cole, et Stella McCartney. Elle a défilé pour les plus grands, dans les grandes capitales de la mode.

Sara a été recrutée à l’âge de 14 ans dans la rue. Sa carrière internationale a décollé aussitôt. À 18 ans, elle a commencé à filmer les coulisses de cette vie extraordinaire, une vie à des années-lumière de celles de ses amies du même âge. En une seule journée de travail, elle pouvait encaisser jusqu’à 100 000 $.

Revers de l’industrie

Hélas, ce milieu a aussi ses côtés très sombres (voir boîte ci-contre). En 2009, grâce à des heures de matériel accumulées, elle a réalisé son premier documentaire, Picture Me. Le film met en lumière les revers de cette industrie du paraître et les agressions sexuelles dont de nombreux mannequins sont victimes. Je le recommande fortement.

Sara s’inscrit dans cette lignée de mannequins comme Doutzen Kroes ou la Canadienne Coco Rocha, des jeunes femmes engagées qui osent imposer leurs limites.

Des statistiques qui font peur
55 % des mannequins commencent leur carrière entre 13 et 16 ans.
30 % ont été victimes d’attouchements inappropriés au travail.
28 % ont reçu des pressions au travail pour qu’elles s’engagent dans un acte sexuel.
87 % ont reçu une demande pour poser nues sans avoir été préalablement averties.
68 % souffrent d’anxiété ou de dépression.
64 % ont reçu de leur agence une demande de perdre du poids.
31 % souffrent des troubles alimentaires.
76 % ont été exposées à des drogues dans leur milieu de travail.

Rocha refuse de faire des photos en maillot ou en sous-vêtements, entre autres. Sara Ziff ne s’en cache pas, ses revendications lui ont fait perdre de lucratifs contrats.

En 2006, elle est retournée sur les bancs d’école. « Ce fut la meilleure décision de ma vie, j’étais en train de devenir cinglée. J’ai senti que, pour la première fois, mon opinion valait quelque chose », dit Sara Ziff.

Elle a étudié les sciences politiques à l’Université Columbia en se spécialisant en droit du travail. Elle a alors réalisé que l’industrie de la mode était une grande zone grise. « Les mannequins sont des travailleuses autonomes sans aucune norme d’emploi, précise-t-elle. Les journées durent 20 heures et l’on force des filles de 14 ans à quitter l’école parce qu’il ne reste que deux ans avant que leurs hanches se forment. »

« C’est un métier où l’on est vite remplacées, donc il y a beaucoup d’abus et très peu osent se plaindre ou rapporter des incidents », ajoute-t-elle. Le photographe américain Terry Richardson a été la cible de plaintes pour harcèlement sexuel dans le passé, cependant.

Défense des droits

Après deux ans de travail, Ziff vient de lancer « Model Alliance », une association pour la défense des droits des mannequins aux États-Unis. Elle a l’appui du Fashion Law Institute de New York et du Council of Fashion Designers of America (CFDA), dont Diane Von Furstenberg est la présidente.

Elle a déjà mis en place des règles comme l’intimité dans les coulisses des défilés pour faire cesser les photographies non autorisées de mannequins nues. Il y a aussi un service d’aide en cas de harcèlement sexuel. Certains designers demandent maintenant un âge minimum de 16 ans pour défiler. Par contre, Marc Jacobs avait deux mannequins de moins de 16 ans dans son dernier défilé, selon le New York Times.

Depuis la mort, en 2006, de Carolina Reston, la mannequin espagnole qui souffrait d’anorexie, l’industrie a été secouée. Madrid demande maintenant un indice de masse corporelle minimum à ses mannequins pour défiler. « Mais là encore, il y a des trucs : tu bois deux litres d’eau avant et ça passe », explique Sara. Elle voit son projet aller aussi loin que de donner le pouvoir aux mannequins de décider si elles acceptent d’être retouchées sur les photos. Là aussi, il y a du chemin à faire.

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