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Air Canada propose un fonds d'urgence de 15 millions $

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Environ 200 travailleurs bloquaient le boulevard Côte-Vertu, à Montréal, lundi matin, après s’être butés aux barrières fermées et surveillées des bureaux montréalais d’Aveos Performance aéronautique lundi matin.
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Environ 200 travailleurs bloquaient le boulevard Côte-Vertu, à Montréal, lundi matin, après s’être butés aux barrières fermées et surveillées des bureaux montréalais d’Aveos Performance aéronautique lundi matin.

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Air Canada vient à la rescousse de la compagnie Aveos, qui s'est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, lundi, en lui offrant une aide d'urgence de 15 millions $.

Aveos Performance aéronautique, l'entreprise d'entretien d'avions, dont le plus gros client est Air Canada, a soudainement fermé les portes de ses installations canadiennes lundi au grand dam de ses 2600 employés répartis à travers le pays.

Quelque 1800 d'entre eux sont basés à Montréal et se sont retrouvés sans emploi, du jour au lendemain, sans préavis, comme leurs collègues de Toronto, Winnipeg et Vancouver.

La nouvelle de la fermeture d'Aveos est tombée en soirée dimanche, mais personne n'a su exactement ce qui se passait jusqu'à ce qu'Air Canada, qui détient 17,5 % du capital d'Aveos, confirme en matinée, lundi, qu'Aveos se mettait sous la protection de la LACC. Plusieurs heures se sont écoulées avant qu'Aveos ne confirme elle-même la nouvelle.

Dans un communiqué publié en fin d'après-midi, toujours lundi, Aveos a expliqué qu'elle a été «forcée de déposer une procédure sous le régime de la LACC, en partie à cause de volumes de travail incertains, dans toutes ses unités d'affaires, provenant de son principal client»

. Aveos ne donne pas le nom de ce «principal client» dans son communiqué, mais c'est certainement Air Canada qui est visée. Selon le syndicat, près de 90 % des contrats d'Aveos étaient en effet liés à Air Canada.

Quoi qu'il en soit, ce «principal client» a «réduit, différé et annulé du travail de maintenance, ce qui a entrainé des pertes de revenus d'environ 16 millions $ en moins de deux mois», selon Aveos.

«Ce fut une décision extrêmement difficile, une de celles qu'on prend seulement après avoir longuement réfléchi à toutes les autres options. Nous regrettons profondément les pertes d'emploi et l'impact que cette décision a sur nos employés au Canada», a indiqué Joe Kolshak, président et chef de la direction, Aveos Performance aéronautique.

Aide d'urgence d'Air Canada

Puis, en début de soirée, Air Canada a annoncé qu'elle proposait à Aveos, «par l'intermédiaire de son Contrôleur désigné par le tribunal, FTI Consulting Canada Inc., un financement du débiteur-exploitant de l'ordre de 15 millions $, qu'elle versera également au dossier du tribunal devant le juge qui présidera l'audience».

«Le financement du débiteur-exploitant, qui est en grande partie semblable à l'offre déposée par Air Canada cette fin de semaine, a pour but d'aider à stabiliser Aveos, pour le bien de ses parties intéressées et de ses employés, afin que sa restructuration se fasse de manière plus ordonnée.»

Cette stabilisation, a indiqué Air Canada, devrait permettre à Aveos de rouvrir certaines de ses installations et de rappeler certains de ses employés, «ce qui devrait ainsi permettre à Air Canada d'ajouter des travaux de maintenance en toute confiance au cours des jours et semaines à venir».

L'offre doit maintenant être approuvée par Aveos et par le tribunal.

Travailleurs mécontents

Environ 200 travailleurs d'Aveos Performance aéronautique ont par ailleurs bloqué le boulevard de la Côte-Vertu, à Montréal, lundi matin, après s'être retrouvés face aux barrières fermées et surveillées des bureaux de l'entreprise.

Ils avaient appris, la veille, que la compagnie fermait immédiatement ses installations dans trois villes canadiennes.

Après s'être rassemblés devant les locaux d'Aveos vers 6 h, les travailleurs ont bloqué les bureaux d'Air Canada situés à proximité.

La confusion régnait parmi les 1800 employés montréalais d'Aveos. Selon des témoignages recueillis sur place, certains d'entre eux n'auraient pas été prévenus et auraient appris la nouvelle en se rendant au travail.

Avant l'annonce d'Air Canada, effectuée plus tard dans la matinée, très peu d'informations avaient été fournies sur les raisons de cette soudaine fermeture. Le syndicat a d'ailleurs déploré la lenteur avec laquelle la compagnie a fourni les raisons de cette soudaine fermeture.

«Le syndicat n'a été averti d'aucune façon. Ça fait 10 ans que je suis président du syndicat et je n'ai jamais vu une compagnie agir de façon aussi sauvage», a indiqué Marcel Saint-Jean, le président de la section locale 1751 qui représente les employés de Montréal.

«J'ai été appelé [dimanche] à 19 h par une personne qui m'a lu un communiqué, a indiqué à l'Agence QMI un employé qui travaille depuis 17 ans chez Aveos et qui a tenu à demeurer anonyme. On m'a dit que je ne devais plus me rendre au travail jusqu'à nouvel ordre, mais que je gardais mon salaire et mes avantages sociaux.»

Certaines rumeurs planaient concernant les difficultés financières de l'entreprise, Air Canada ayant dernièrement annulé plusieurs contrats destinés à Aveos.

«La compagnie nous disait qu'Air Canada lui devait 54 millions $ et qu'elle refusait de payer», a dit M. Saint-Jean.

Il a aussi affirmé que d'autres rumeurs circulaient, et notamment qu'Aveos s'était placée sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers. C'est précisément cette rumeur qui a été confirmée un peu plus tard par Air Canada et Aveos.

M. Saint-Jean a aussi déclaré que des avions d'Air Canada qui devaient «rentrer» chez Aveos en vue d'entretien, la semaine dernière, ne sont jamais parvenus aux locaux de la compagnie.

Avec 90 % de ses contrats tributaires d'Air Canada, M. Saint-Jean soupçonne de mauvaises intentions de la part de la compagnie aérienne, alléguant une possible «cachette financière pour faire mal à Aveos».

Aveos, une compagnie indépendante, était auparavant la division d'entretien des avions d'Air Canada. Le contrat liant les deux compagnies devait prendre fin en 2014, selon M. Saint-Jean.

«Ce sont des emplois de haute qualité, a-t-il dit. Est-ce qu'on veut envoyer ça aux États-Unis?» Selon des informations recueillies à l'aéroport Montréal-Trudeau, la fermeture d'Aveos n'a pas eu d'impact pour les voyageurs. Aucun vol n'a été annulé pour cette raison.

«Un drame humain et social»

Denis Coderre, le député de Bourassa à la Chambre de communes, a fermement dénoncé la fermeture d'Aveos Performance aéronautique.

«Je suis en maudit y'a 1800 travailleurs qui se font fait fourrer. Ils se sont fait fourrer par le gouvernement. Ils se sont fait dire en 2011 par le ministre des Transports, Chuck Strahl, de ne pas s'en faire par ce que “les jobs étaient protégées”.»

Le député n'entend pas baisser les bras et souhaite défendre les intérêts des travailleurs et de la métropole.

«Aujourd'hui c'est la journée de l'heure juste, on veut savoir ce qui se passe. Les travailleurs méritent du respect et méritent d'avoir une réponse.»

Le député a d'ailleurs contacté les ministres québécois du gouvernement conservateur Denis Lebel et Christian Paradis en matinée, sans résultat.

Se défendant d'être partisan, Denis Coderre dit souhaiter que tous les paliers de gouvernements impliqués puissent travailler dans le même sens.

«Je m'attends à ce que tout le monde puisse travailler en conséquence, main dans la main. Il en va de l'avenir de l'industrie aéronautique à Montréal. Ce n'est pas un gouvernement de laisser-faire qu'on veut, c'est des gens qui doivent protéger les emplois et nos municipalités», a expliqué M. Coderre.

Pas de conséquences pour Air Canada

La fermeture des ateliers d'Aveos, qui fournissait différents services de maintenance à Air Canada, n'a «aucune incidence sur les activités quotidiennes de maintenance et de réparation des avions d'Air Canada, qu'on appelle la maintenance en ligne», a indiqué lundi, dans un communiqué, la compagnie montréalaise.

Air Canada a ajouté que la maintenance en ligne de ses appareils a toujours été effectuée par ses 2300 employés, et ce, dans ses propres installations. La maintenance en ligne est généralement assurée durant la nuit ou entre les vols, selon les besoins.

Air Canada a ajouté qu'elle disposait d'un plan de contingence qui lui permettra d'assurer la continuité des travaux normalement confiés à Aveos. Ces travaux continueront d'être exécutés conformément aux exigences réglementaires.

Si Aveos ne peut pas assurer les services prévus, Air Canada fera appel à d'autres firmes, principalement installées au Canada et aux États-Unis. Le transporteur a aussi affirmé aussi qu'il a respecté toutes ses obligations financières concernant ses ententes commerciales envers Aveos.

Selon Mehran Ebrahimi, spécialiste en aéronautique et professeur à l'UQAM, la compagnie montréalaise a toutefois négligé sa relation avec Aveos.

«Elle a, petit à petit, accordé des contrats ailleurs. Quand 90 % des activités d'Aveos sont liées à un client et que celui-ci joue un double jeu, ça fait mal. Le satellite de maintenance est en difficulté», a-t-il dit.

Le point sur Aveos

La compagnie a été fondée en 1937 et s'appelait, à l'origine, Services Techniques Air Canada (ACTS). Elle emploie 4700 personnes, dont 1800 à Montréal où se trouve son siège.

Elle dispose d'installations à Montréal, Winnipeg, Toronto, Vancouver et à l'aéroport international de San Salvador.

Le principal actionnaire d'Aveos est Aero Technical Support & Services Holdings, établi au Luxembourg. Cette compagnie a comme actionnaires deux fonds d'investissement bien connus : Sageview Capital et KKR (Kohlberg Kravis Roberts) Private Equity Investors.

Ces deux fonds ont acquis 70 % des actions d'Aveos lorsque Air Canada s'est séparée de ses activités d'entretien, lors de sa restructuration sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers, en 2003.

Air Canada détient encore 17,5 % des actions d'Aveos. Le transporteur a réalisé un profit d'environ 600 millions $ en vendant Aveos en 2004. Air Canada dispose toujours 2300 employés pour réaliser la maintenance de ses avions.

Cinq des huit administrateurs d'Aveos sont Américains, et aucun québécois ne siège à son conseil d'administration.

Le président et chef de la direction d'Aveos est Joe Kolshak, un ancien vice-président principal des opérations de United Airlines. Ernesto Ruiz est le patron de la filiale Aeroman, située au Salvador.


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