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On ne mourra pas d’en parler

La mort sans tabou

La mort sans tabou
photo agence qmi, JOCELYN MALETTE

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Apprivoiser la mort peut-il nous aider mieux vivre ? C’est ce que croit la cinéaste Violette Daneau, qui ose aborder de front un thème qui demeure un des tabous de notre société dans son documentaire On ne mourra pas d’en parler.

« Comme dit Michel Faubert dans le film, les gens disent que la personne est décédée au lieu de dire qu’elle est morte. On a peur du mot “mort”, encore. Surtout que nous sommes dans une société qui ne veut pas vieillir, qui ne veut pas mourir », lance la documentariste dans une entrevue qu’elle a accordée au Journal de Québec.

Contrairement à ce que son sujet annonce, On ne mourra pas d’en parler n’est ni triste ni morbide.

Profiter de la vie

Car pour Mme Daneau, il ne fait pas de doute qu’avoir conscience de notre inéluctable fin constitue un puissant incitatif à savourer la vie.

« Ça ne veut pas dire qu’on va être capable de mieux prendre la mort. Mais si en parler nous permet de mieux vivre notre vie, quand on va arriver là, ça va nous faire quelque chose de réglé », dit celle qui croit que dans notre société, on n’accorde pas assez d’importance à la mort.

« Dans mon film, on voit des équilibristes. Tous les jours, on vit comme si on était sur un beau terrain plat. Mais nous sommes toujours sur le fil. On ne sait jamais quand on va mourir. Il n’y a rien qui prouve que dans deux heures, on sera vivant. On fait comme si on avait du temps en masse. »

« Je ne veux pas y aller »

Au départ, Violette Daneau souhaitait tourner un documentaire sur les accompagnants, ces personnes qui soutiennent bénévolement les mourants.

« Un jour, une personne m’a raconté l’histoire d’un homme qui est mort en tenant les barreaux de son lit et en criant : “Je ne veux pas y aller.” Ça m’avait énormément bouleversée. C’est à ce moment que c’est devenu incontournable de faire ce film », rappelle-t-elle.

Désireuse de savoir comment on peut apprivoiser la mort quand on est en bonne santé, Mme Daneau multiplie les rencontres tant au Québec qu’ailleurs dans le monde. Elle s’est notamment rendue aux États-Unis visiter une mère endeuillée qui offre des ateliers de toilette funéraire. En Espagne, elle a observé des croyants se coucher dans un cercueil lors d’un rituel religieux. Elle a même rencontré un Suisse qui fabrique le vin et le fromage qui serviront à sustenter les convives lors de son enterrement.

« Je trouvais ça extraordinaire, en Suisse, parce que c’est une façon tellement festive. Quand il fait son vin et son fromage, il sait que c’est pour son enterrement. Il l’entretient et il est fier de le faire. Il fait quelque chose de très vivant en sachant que ça va servir à sa mort. »

Un athée qui remue

Mais de toutes les personnes qui ont accepté de lui accorder un entretien lors du tournage, elle dit avoir été particulièrement remuée par sa rencontre avec le sociologue Michel Doré, un athée fermement convaincu que rien ne subsiste après le trépas.

« Il me disait qu’il voulait mourir rapidement, ne pas traîner. Et bien, il est mort l’été dernier, à Paris. Il a fait une crise cardiaque. Son ami a essayé de le ramener avec les techniques. Il est vraiment parti comme il voulait. »

Remerciements

Il n’y a pas que la réalisatrice qui a été bouleversée. Présenté lors des derniers Rendez-vous du cinéma québécois, On ne mourra pas d’en parler a valu à Violette Daneau de recevoir de nombreux témoignages d’appréciation, affirme-t-elle.

« Les gens me remercient d’avoir fait le film. Une femme atteinte d’un cancer me l’a dit. Souvent, les gens ressortent plus sereins du film et ont envie de parler de la mort. »

 

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