La ministre de l’Éducation Line Beauchamp somme les étudiants de choisir, alors que les prochains votes de boycottage seront cruciaux pour le déroulement du reste de la session. « Ils ne pourront pas tout avoir: le boycott, le diplôme et le travail ».
En entrevue au Journal, la ministre Beauchamp a invité les étudiants à revenir en classe, puisque les votes de reconduction de grève qui auront lieu dans les prochains jours pourraient entraîner de « graves perturbations » pour le reste de leur session.
« J’invite tous les étudiants à aller voter, à se faire entendre, dit-elle. Les prochains votes seront extrêmement importants. Les étudiants ne peuvent pas tout avoir: le boycott, les cours, le diplôme et le travail d’été. S’ils choisissent le boycott, il y a des choses qui devront être soustraites à la fin, comme des heures payantes de travail d’été. »
Line Beauchamp, qui n’entend pas « reculer » sur la question de la hausse des droits de scolarité, a fait le point sur les dossiers chauds de la grève étudiante avec le Journal.
Question : A-t-on atteint un seuil critique pour les sessions des universitaires et des cégépiens ?
Réponse : Les votes de reconduction de grève qui auront lieu cette semaine et la semaine prochaine seront extrêmement importants pour le déroulement de la session. La majorité des cours au cégep se terminent à la mi-mai. Pour les établissements qui sont en grève depuis plusieurs semaines, on déborderait déjà sur le mois de juin, mais pas encore sur la saison estivale. Il est difficile de se prononcer à ce stade-ci, mais nous suivons la situation avec attention.
Question : À quelles conséquences doivent s’attendre les étudiants qui boycottent leurs cours ?
Réponse : Ils doivent s’attendre à des perturbations importantes dans le déroulement de leur session, si le boycott se poursuit. On parle d’un horaire de rattrapage extrêmement chargé, avec possiblement des cours de soirs. Cela signifie que des étudiants pourraient être privés d’heures de travail qui servent souvent à payer leur session.
Question : Pourquoi refusez-vous d’établir des pourparlers avec les associations étudiantes ?
Réponse : Il n’y a pas lieu de tenir des négociations. La décision est prise. L’an dernier, les étudiants ont claqué la porte lorsque nous avons tenu des consultations à ce sujet. Des mois plus tard, on ne peut pas me demander de m’asseoir avec un seul groupe qui réclame la gratuité scolaire et qui ne veut pas entendre parler de la contribution étudiante. On ne peut pas parler de négociations quand le groupe en face de moi me dit: « prenez l’argent qui manque dans les poches des autres, mais pas dans les miennes ». Les autres poches, celles des contribuables, ne sont pas là pour en discuter.
Question : La grève étudiante a été marquée par de nombreuses confrontations entre les étudiants et les policiers. Pensez-vous que ces derniers sont parfois allés trop loin ?
Réponse : À ma connaissance, la plupart des interventions policières ont eu lieu à la suite d’actes de vandalisme. On doit condamner ce type d’actions. Certains leaders étudiants l’ont fait, mais pas tous. Je le déplore. Lorsqu’il y a vandalisme ou menace à la sécurité de la population, ça demande une certaine forme d’intervention. Là-dessus, c’est aux policiers de s’expliquer. Personnellement, ça m’indigne et je trouve cela intolérable. C’est l’œuvre d’un groupuscule qui utilise la violence pour faire dévier le débat. La grande majorité des étudiants sont pacifiques, comme nous avons pu le constater lors de la marche de jeudi dernier.
Question : Vous avez été la cible de plusieurs attaques personnelles depuis le début du boycott étudiant. Avez-vous senti votre sécurité menacée à certains moments ?
Réponse : Je ne me laisse pas intimider facilement. Ce n’est pas être bravache, mais c’est ainsi. J’ai toujours invité les victimes d’intimidation à dénoncer leurs agresseurs, je vais faire de même si c’est nécessaire. Je me comporte de façon responsable. J’ai des gardes du corps qui assurent ma sécurité et j’ai confiance en eux. Mais encore une fois, je sais qu’il y a des agitateurs au sein du mouvement étudiant, mais ils sont très minoritaires.