Un projet d’investissement de 5 milliards $ de la Caisse de dépôt et placement du Québec et de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) pour construire une voie ferrée de 800 kilomètres de Sept-Îles, sur la Côte-Nord, jusqu’à la fosse du Labrador, sème la controverse.
QUÉBEC – La Caisse de dépôt et le Canadien National (CN) souhaitent construire une voie ferrée de 800 kilomètres de Sept-Îles jusqu’à la fosse du Labrador. Le projet d’investissement de cinq milliards de dollars sème la controverse. Le plus gros projet d’infrastructure depuis la baie James inquiète les joueurs déjà présents, qui ne sont pas heureux de voir un adversaire débarquer dans leur cour, dès 2017.
Le gigantesque projet fait directement concurrence à un chemin de fer existant, le Quebec North Shore and Labrador (QNS&L), qui s’étend sur 414 kilomètres entre Labrador City, au Labrador, et Sept-Îles et qui appartient à Rio Tinto. Il porte aussi ombrage à la compagnie de transport ferroviaire Tshiuetin, détenue par les autochtones de Sept-Îles Maliotenam, Schefferville et Kawawachikamach.
Tshiuetin avait déjà annoncé, en janvier, son intention d’investir 75 millions $ sur 10 ans pour la réfection de son chemin de fer, qui court de Schefferville jusqu’à Emeril Junction, au Labrador, où il connecte avec le QNS&L. L’entreprise, créée en 2005, se consacre au convoiement de passagers, mais elle souhaite profiter du boom minier. Une première cargaison de minerai de fer a été acheminée de Schefferville à Sept-Îles, en juin dernier.
Quant au QNS&L, Rio Tinto veut lui faire subir une cure de jouvence qui pourrait tripler sa capacité de transport, soit 90 millions de tonnes par année.
« Nous avons la capacité de faire face à nos propres hausses de production comme à celles de nos clients, actuels et éventuels », a assuré Julie Cusson, directrice des communications chez Rio Tinto IOC.
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Investissement de 5 milliards $
2017 : date d’entrée en fonction
1 000 emplois directs pour la région
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Spécialiste de la logistique
Cela n’empêche pas le CN et la Caisse de dépôt de croire en la rentabilité de leur plan d’affaires. Assez pour que le bas de laine des Québécois veuille y injecter jusqu’à un milliard $, soit le tiers de l’investissement initial. Les deux parties ne se sont pas encore entendues sur le partage de l’emprunt de 2,5 milliards, qui sera nécessaire pour compléter le projet.
« Nous voulons une ligne opérationnelle en 2017. On prévoit trois ans pour la construction », lance la directrice des affaires publiques du CN, Julie Senécal.
Des études d’un tracé préliminaire sont présentement en cours, mais la distance annoncée de 800 kilomètres correspond à peu près à celle séparant Sept-Îles du lac Otelnuk, à 170 kilomètres au nord de Schefferville. C’est là où Adriana Resources et Wisco nourrissent un projet minier de 13 milliards $.
« Nous avons des discussions avec des compagnies minières, mais la teneur de ces discussions ainsi que le nom de nos interlocuteurs sont strictement confidentiels », explique Julie Senécal.
L’entreprise a entièrement confiance en son modèle d’affaires basé sur une bonne connaissance du transport de matière première et d’une expertise en logistique. « Notre modèle d’un seul chemin de fer desservant plusieurs mines est appliqué en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique, par exemple », ajoute-t-elle.
Investissement stable
Du côté de la Caisse de dépôt, une entente avec le CN était la seule option possible. L’idée d’investir dans un projet ferroviaire d’une compagnie minière était écartée dès le départ. « Le projet avait lieu avec le CN, ou pas du tout. C’est un investissement à long terme, avec un rendement stable. Dans le milieu, on appelle ça un capital patient », explique Maxime Chagnon, porte-parole de la Caisse.