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Le déclin de l’empire canadien

Marc de Foy

Marc de Foy @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Le déclin de l’empire canadien

photo d’archives

Arrivés à Montréal et à Toronto tels des messies, Bob Gainey et Brian Burke n’ont pas amené leur équipe à la terre promise.

Les deux plus anciennes concessions de la Ligue nationale de hockey n’en finissent plus de décliner. Mardi soir, trois jours après le Canadien, les Maple Leafs de Toronto ont été éliminés à leur tour de la course aux séries. C’est la deuxième fois en cinq ans que ces deux organisations au riche passé ratent en même temps le grand tournoi printanier.

À l’époque où elles s’imposaient comme les références, cela ne s’était produit que deux fois en 50 ans, d’abord en 1920 puis en 1970.

Mais en ce XXIe siècle, le Canadien et les Leafs sont plus productifs en affaires que sur la glace. Les entreprises qu’ils ont développées sont devenues des machines à imprimer des dollars et engrangent des profits considérables.

Actifs en hausse

La division des spectacles du Canadien, evenko, est l’un des plus grands producteurs d’événements au monde. En plus de faire la promotion et de présenter des spectacles diversifiés au Centre Bell, evenko a étendu ses tentacules dans presque toutes les salles de spectacle de Montréal, ainsi que dans plusieurs autres en province, dans l’Est du Canada et même dans certains états américains frontaliers.

La compagnie vient aussi d’obtenir la gestion du futur amphithéâtre de Laval, qui pourrait fort bien devenir le prochain domicile des Bulldogs de Hamilton.

En acceptant de débourser 575 millions de dollars pour se porter acquéreur du Canadien, de son amphithéâtre et de son groupe spectacle, le groupe représenté par Geoff Molson a payé cher selon des analyses financières, mais ses actifs ne sont appelés qu’à prendre de la valeur.

Multinationale du sport

À Toronto, deux géants des télécommunications et des médias, BCE et Rogers, ont acheté au cours des derniers mois, au coût de 1,32 milliard, les 75 pour cent d’actions que le régime de retraite des enseignants de l’Ontario détenait dans Maple Leaf Sports and Entertainment.

Le conglomérat comprend quatre des cinq équipes sportives de la Ville reine, les Leafs et sa filiale des Marlies, qui joue à Toronto, les Raptors et le Toronto FC.

MLSE, c’est aussi trois réseaux de télévision, Leafs TV, NBA TV Canada et GOLTV Canada (soccer), ainsi que le tout nouveau Maple Leaf Square, complexe commercial et résidentiel situé devant le Air Canada Centre.

Ce n’est pas tout.

MLSE gère les opérations du Ricoh Coliseum, domicile des Marlies, et du BMO Field, où évolue l’équipe de la MLS.

On parle d’une multinationale du sport.

Les entreprises spécialisées dans les réseaux de communications multiplateformes ont trouvé un filon d’or en investissant dans le domaine sportif.

La bataille se jouera aussi à ce niveau avec le Canadien lorsque Quebecor fera son entrée dans le club sélect des propriétaires de la Ligue nationale.

Comme dans le temps où le Canadien était la propriété des Brasseries Molson du Canada et que les Nordiques appartenaient à la Brasserie O’Keefe.

Des miettes pour les partisans

Tout ça est bien beau, mais les amateurs de hockey n’en ont rien à cirer. C’est la position au classement de leur équipe qui les intéresse et non leur rendement financier.

À ce chapitre, les partisans du Canadien et des Leafs sont nettement moins gâtés qu’autrefois.

Le Tricolore est exclu des séries pour une sixième fois en 13 ans, lui qui ne les avait manquées que huit fois à ses 81 premières saisons dans la LNH.

Depuis leur dernière conquête de la coupe Stanley en 1967, les Leafs ont raté les séries à 18 reprises. Ils n’y ont pas participé depuis le lock-out qui a frappé la LNH en 2004-2005, c’est-à-dire depuis sept ans.

Comme Bob Gainey avec le Canadien il y a neuf ans, Brian Burke est arrivé à Toronto la tête auréolée et perçu comme le Messie.

Or, il fait encore pire que l’ancien directeur général du Tricolore. En quatre ans sous sa gouverne, les Leafs n’ont jamais réussi à se qualifier pour les séries.

Mais bon an, mal an, les amateurs sont fidèles au rendez-vous au Air Canada Centre.

Pendant ce temps à Montréal, le Canadien reçoit de sa clientèle des signes qu’elle en a marre de son immobilisme.

Si les Nordiques renaissent de leurs cendres, cela ajoutera à la pression qui pèse sur Geoff Molson.

Non seulement le fondé de pouvoir du groupe qu’il représente doit apporter des changements au sein de son organigramme hockey, mais il n’aura pas le droit de se tromper.

Ce sera ça, le plus dur.

Je le dis depuis janvier et je ne suis pas seul à penser ainsi : le Canadien a besoin d’un lift majeur et d’une refonte en profondeur de son modèle organisationnel.

Comme il l’a fait pour son modèle d’affaires.

 

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