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Aucune accusation contre Éric Yvan Lemay

Un journaliste sous surveillance téléphonique ?
Photo le journal de Montréal, Chantal Poirier Éric Yvan Lemay (à gauche), lors de la perquisition à sa résidence de Sainte-Julie.

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Aucune accusation ne sera déposée contre le journaliste Éric Yvan Lemay, perquisitionné le mois dernier par la Sûreté du Québec à la suite de son reportage sur l’accès facile à des documents confidentiels dans les hôpitaux.

Un enquêteur de la SQ a appelé le journaliste du Journal, hier en soirée, pour l’en informer. Après un examen de la preuve et du dossier, le Bureau du directeur des poursuites criminelles et pénales a décidé de ne pas déposer d’accusations. Ses biens confisqués lors de l’opération policière du 15 mars lui seront remis cette semaine.

Éric Yvan Lemay
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« Je crois qu’il s’agit d’un grand malentendu depuis le départ », a commenté M. Lemay, qui s’est dit « surpris et soulagé » de ce dénouement.

Malgré cette résolution heureuse, M. Lemay reste « choqué par la façon dont cela s’est fait ». Il dit n’avoir jamais compris pourquoi la police ne l’avait pas simplement convoqué à une rencontre plutôt que de lui faire subir un traitement réservé aux grands criminels.

M. Lemay a été perquisitionné devant sa femme et ses enfants, tôt le matin, à sa résidence de Ste-Julie.

On le soupçonnait d’un « vol de moins de 5 000 $ et de trafic de renseignements identifiants » pour son article démontrant des lacunes importantes dans la confidentialité de dossiers médicaux de patients dans plusieurs hôpitaux de Montréal.

« Moyens démesurés »

« J’estime avoir bien fait mon travail, a-t-il expliqué. C’était d’intérêt public d’informer les gens d’une situation problématique, et en ce sens, les moyens déployés étaient disproportionnés pour quelque chose qui n’était pas criminel. »

Rien ne justifiait « ces moyens démesurés », a renchéri le rédacteur en chef du Journal de Montréal, Dany Doucet.

« C’est un gros manque de jugement ou un détournement du système à des fins obscures qu’il va falloir éclaircir », a réagi M. Doucet.

Le milieu journalistique était d’ailleurs monté au créneau pour défendre le journaliste dans cette affaire. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) avait dénoncé « avec vigueur » la perquisition. Reporters sans frontière avait aussi exprimé sa « consternation » et son « inquiétude » face à l’intervention policière.

« Ce qui est dommage, c’est qu’on s’est attaqué à un journaliste qui a fait son travail », a résumé M. Lemay.

Il a tenu à remercier « les gens de la presse pour leur soutien », fort apprécié dans la tourmente. « À un certain moment, j’ai vraiment senti qu’on me traitait comme un vaurien, et là-dedans, il y a des gens qui ont pris ma défense et celle du travail journalistique. »

La bonne décision

Selon Me Marc-Antoine Carette, qui représente Le Journal de Montréal et M.Lemay dans le dossier, le Bureau du directeur des poursuites criminelles et pénales « a pris la bonne décision en refusant de déposer des accusations étant donné l’absence de preuve que le journaliste Lemay avait commis une infraction ».

Le dépôt devant la Cour supérieure du Québec de trois requêtes en cassation de mandats de perquisition a « sûrement eu un impact important » dans la décision d’arrêter la procédure, avance celui qui défendait M. Lemay et le Journal.

L’audience visant à faire déclarer illégales ces perquisitions est prévue demain, à Ste-Hyacinthe. Tard hier, la SQ a confirmé l’absence d’accusations. « Nous réaffirmons avoir fait notre travail en fonction des lois en vigueur », a toutefois précisé le capitaine Jean Finet.

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