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Intimidation | Victimes

Le courage de briser le silence

Le courage de briser le silence
photo Courtoisie
Le courage de briser le silence
photo Courtoisie

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Il s’appelle Alex. Il a 12 ans. Le garçon au physique disgracieux et aux difficultés d’apprentissage est victime d’intimidation depuis des années.

Les mauvais traitements sont légion et vont d’insultes aux coups – ceux qui ne laissent pas de traces – et aux humiliations diverses. D’une gentillesse et d’une douceur qui font mal à voir, Alex est tellement habitué qu’il ne ressent plus rien.

Le monde d’Alex, comme celui de 13 millions de jeunes Américains – et de 10 % des enfants québécois scolarisés – est montré crûment par Lee Hirsh dans son documentaire coup de poing Intimidation, qui prend l’affiche le 13 avril à travers la province.

Le réalisateur a passé une année scolaire entière à filmer les élèves d’une école secondaire de la ville de Sioux City, en Iowa. Il a aussi rencontré quantité de jeunes ailleurs, dont Kelby, 16 ans, une lesbienne – et ses parents – en butte à l’hostilité de l’Amérique du « Bible Belt ». On suit également Ja’Meya, 14 ans, arrêtée pour avoir brandi un pistolet devant le nez de ceux qui la maltraitaient quotidiennement. Puis il y a les parents de Tyler et Ty, qui se sont suicidés de désespoir à 17 et 12 ans.

Confiance

Au téléphone, de sa voix douce et pourtant passionnée, Lee Hirsch explique : « C’est parce que j’ai pu dire aux enfants et aux parents que j’avais été moi-même victime d’intimidation qu’ils m’ont fait confiance et qu’ils se sont ouverts à moi.

« Non, la violence de ce qui est vécu par les enfants n’est pas pire que ce que j’ai connu. La grande différence, c’est que, pendant mon enfance, c’était fini quand je franchissais le pas de la maison. Aujourd’hui, un jeune peut recevoir un SMS haineux ou menaçant après l’école. »

L’expérience, à la fois déstabilisante et enrichissante de Hirsch a fait de lui le cinéaste dont on parle le plus en ce moment au sud de la frontière. Car la toute puissante Motion Picture Association of America (MPAA) a décidé qu’ Intimidation méritait la cote « R » (interdit aux moins de 17 ans sans la présence d’un adulte) en raison du nombre de fuck (six ou sept) entendus.

« De voir qu’au Québec [la Régie du cinéma lui a donné une] cote « G » pour tous les publics m’a donné le courage de continuer à me battre pour contester cette décision. »

Des vedettes comme Meryl Streep ou Ellen DeGeneres ont pris fait et cause pour Intimidation, estimant – à juste titre –– qu’il est d’intérêt public et doit être vu par les enfants eux-mêmes. Même le républicain Mike Huckabee fait campagne en faveur du long métrage. « C’est ma plus grande fierté que de voir qu’Intimidation a dépassé les clivages politiques », souligne le cinéaste.

« Vous m’interdisez de voir ma vie », avait lancé Alex lors d’une audience devant les responsables de la MPAA, qui ne sont pas revenus sur leur décision depuis.

Colère et tristesse

Si, parfois, les images et les propos à l’écran font monter les larmes, ils génèrent aussi de la colère face à l’impuissance des responsables scolaires. On voit Kim Lockwood, la directrice adjointe, totalement dépassée par l’intimidation qui sévit dans l’école dont elle a la charge, affirmant aux parents d’Alex, malgré des images prouvant le contraire, que leur fils est en sécurité dans l’autobus scolaire.

« Elle a vu le film avant sa sortie et s’est sentie terriblement mal », raconte Lee Hirsch qu’on sent gêné pour elle. « Quand nous avons projeté le film à Sioux City devant 1 600 personnes, elle s’est levée et a pris la parole pour faire son mea culpa. Aurais-je dû? », s’interroge-t-il alors.

Rarement la fin d’un documentaire sur un sujet aussi dur donne-t-elle autant d’espoir et d’envie de passer à l’action. On y voit les parents de Tyler lancer un message en demandant à tous les enfants d’aller vers ceux qui sont isolés, de poser un geste, non pas envers les « bullies » – les « intimidateurs » – mais d’aider les maltraités.

« Je suis ravi que ayez vu cela avec autant de force. C’est un message simple et efficace qui permet aux jeunes de prendre le contrôle de la situation, de changer les choses. »

Et cet espoir réel et tangible donne à ce documentaire toute sa puissance.

• Intimidation prend l’affiche le 13 avril à travers le Québec.

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