Alors que la plupart des festivals d’envergure s’anglicisent au Québec, et ailleurs dans le monde, les FrancoFolies de Montréal gardent toujours le fort en présentant un événement 100% francophone. « Notre défi est de montrer que l’on peut tout faire en français, musicalement, dit Laurent Saulnier, vice-président à la programmation. C’est possible d’être jeune, moderne et intéressant en français. »
Travaillant sur la programmation des FrancoFolies depuis 13 ans, Laurent Saulnier reconnaît que le mandat est de plus en plus difficile de trouver une programmation diversifiée francophone. «Remplir 10 jours de programmation avec seulement des artistes qui chantent en français est un défi incroyable. Mais on réussit et ça montre qu’on peut faire tous les genres en français, que ce soit du rock, du hip hop, de la soul, de la chanson et même des comédies musicales.»
« C’est plus dur particulièrement à cause des Européens, avance-t-il. Il y a un paquet de bands là-bas qui chantent en anglais, beaucoup plus que lorsque j’ai commencé, il y a 13 ans. La difficulté est là. Du rock en français, en France, il faut que tu cherches pour en trouver. C’est loin d’être évident. »
Hip Hop, le sauveur
Dans l’Hexagone, Laurent Saulnier a remarqué que le point de salut pour la langue française en musique était peut-être du côté du hip hop. « Quand tu regardes ce qui se passe là-bas, les seuls qui font de la musique en français, ce sont les artistes du hip hop. Ils sont en train de sauver la musique en français, en France. Ils sont tout seuls. »
Ne pas imiter Spa et La Rochelle
Pour suivre le courant, les FrancoFolies de Montréal auraient pu faire comme leurs consoeurs des FrancoFolies de Spa (Belgique) et La Rochelle en présentant des spectacles anglophones. Mais Laurent Saulnier et son équipe sont fiers de la spécificité de l’événement québécois qui conserve son caractère uniquement francophone.
« Leur contexte social à eux est complètement différent du nôtre, dit-il. Les Français sont les rois du monde en Europe et ils n’ont jamais senti de menace pour leur langue. Et en Belgique, avec la portion francophone et flamande, le seul moment où ces communautés-là se rejoignent, c’est en anglais. »
Le public fidèle des Francos
En Europe, ces deux festivals dits «francophones» invitent plutôt davantage des artistes qui peuvent s’exprimer en français, sans porter attention à la langue dans laquelle ils chantent. «La chanteuse Inna Modja a dit en entrevue qu’elle aurait beaucoup aimé jouer aux FrancoFolies de Montréal et qu’elle ne comprenait pas pourquoi elle n’avait pas été invité, indique Laurent Saulnier. Dans sa tête, elle avait le droit de jouer aux Francos parce qu’elle est Française, même si son album est en anglais.»
Ainsi, à chaque année, plusieurs artistes chantant dans la langue de Shakespeare essaient d’intégrer la programmation des FrancoFolies. « Nous refusons et je crois aussi que le public des Francos ne veut rien savoir de ça. Mais un artiste a le droit de faire une chanson en anglais, dans son show. On n’est pas nazis non plus », dit Laurent Saulnier.
Différent du Festival d’été
« Nous, on veut montrer qu’on peut tout faire en français. Ce n’est pas parce que c’est en français que t’es obligé d’arriver avec ta guitare acoustique et chanter du Félix. Ce n’est pas la langue qui doit définir le genre musical dans lequel tu veux travailler. »
Laurent Saulnier n’a jamais eu de pressions externes d’ajouter des artistes anglophones pour compétitionner avec les autres événements, comme le populaire Festival d’été de Québec.
« La seule pression qu’on a, c’est la nôtre, dit-il. Pour ce qui est du Festival d’été, c’est rendu tellement différent des FrancoFolies. Que veux-tu que je fasse contre Metallica ? Ce n’est pas la même game. On ne marche plus dans les mêmes platebandes.»
- La programmation intérieure des FrancoFolies sera annoncée le mercredi 11 avril.
- Michel Fugain, Coeur de pirate, Catherine Major, Les filles de Caleb, Julien Clerc, Jean-Louis Murat, Cali, Hugues Aufray, Thomas Fersen et Zaz ont déjà été confirmés pour cette année.