Aujourd’hui, c’est Pâques. Même si je ne suis pas croyant, je devrais – tradition oblige – écrire une chronique remplie d’espoir sur le printemps, le dégel des cœurs, le soleil jaune, le chocolat, les ti-lapins...
Désolé, je ne peux pas.
Je regarde ce qui se passe ces temps-ci, et j’ai, comme on dit, la fale à terre.
On écoute les leaders étudiants et on a l’impression d’entendre Louis Laberge et Marcel Pépin
PAS DANS MA COUR
Pensez-y deux secondes. On est en train de vivre une crise nationale pour une augmentation de 89 sous par jour ! (40 sous de moins que le téléchargement d’une chanson sur ITunes…). Suis-je seul à trouver que ça n’a aucun maudit bon sens ?
Qu’est-ce qui va se passer, grands dieux, quand un gouvernement courageux (osons rêver) va prendre les moyens nécessaires pour nous sortir du bourbier dans lequel nous sommes enfoncés ?
Tout le monde va descendre dans la rue ! On va bloquer les ponts, les entrées de bureau, les autoroutes…
Et moi qui croyais que la jeunesse québécoise allait décoiffer le Québec. Les jeunes sont comme tous les autres groupes de la société québécoise. Leur devise est : « Pas dans ma cour ! Faites payer les autres, pas nous ! »
On écoute les leaders étudiants et on a l’impression d’entendre Louis Laberge et Marcel Pépin. Ils disent se battre pour l’avenir du Québec alors qu’ils défendent leur privilège – celui de pouvoir étudier à des coûts ridiculement bas.
CECI N’EST PAS UNE GRÈVE
Le lendemain de la manif monstre du 22 mars, un leader étudiant a lancé : « On était 200 000 dans la rue ! Si 200 000 travailleurs avaient manifesté, Charest les aurait écoutés ! »
Mais vous n’êtes pas des travailleurs, bordel ! Quand des travailleurs descendent dans la rue, ils empêchent l’économie de fonctionner normalement et TOUTE LA POPULATION écope. Or, chers étudiants, quand vous descendez dans la rue, c’est vous seuls qui écopez. Qu’est-ce que vous voulez que ça fasse à Joe Blow que vous ratiez votre année ? C’est votre décision, vous la reprendrez l’an prochain…
Vous dîtes que vous avez la démocratie à cœur. Selon un sondage CROP publié le 31 mars, 61 % des Québécois appuient la hausse des frais de scolarité. Même chez les 18-34, la hausse a la cote ! Et cela – la donnée qui tue, selon moi – malgré le fait que cette hausse soit proposée par l’un des gouvernements les plus impopulaires de l’histoire du Québec ! Ces chiffres vous laissent froids ? Vous vous en foutez ?
DANS UNE BULLE
Le gouvernement n’est pas là pour répondre aux besoins de tel ou tel groupe. Il est là pour répondre aux besoins de la population.
Or, la population est POUR cette hausse. Et plus vous manifesterez, plus elle l’appuiera.
Vous savez pourquoi ? Parce qu’on a beau avoir de la compassion pour votre cause, on ne peut s’empêcher de voir qu’il y a des besoins plus criants au Québec, des situations pas mal plus scandaleuses que le fait de demander aux étudiants de payer 89 sous de plus par jour.
Vous avez lu sur les CHSLD, ces temps-ci ? Le système de santé ? La dette ?
La société québécoise vous tient à cœur ?
Parfait ! Alors, sortez de votre bulle et regardez-la…