Lors de la dernière émission de sa saison de télévision, Marie-France Bazzo s’est demandée si nous assistions à un retour en force de l’activisme politique au Québec.
C’est une excellente question. Pendant des années, le seul débat fondamental chez nous tourna autour du statut politique du Québec et des questions qui lui sont connexes comme la langue.
Les autres questions étaient débattues sur un mode mineur, dans des cercles restreints, voire évacuées par l’existence d’un prétendu consensus québécois.
Renaissance ?
Les mobilisations citoyennes autour des ressources naturelles et la mobilisation étudiante contre la hausse des droits de scolarité marquent-elles le début d’un temps nouveau ?
La mobilisation contre les gaz de schiste se serait sans doute produite à n’importe quelle époque. Personne n’aime voir sa quiétude dérangée par une industrie qui débarque à l’improviste dans sa cour arrière.
Il est normal également qu’un peuple veuille bénéficier des retombées de l’exploitation de ressources naturelles qui lui appartiennent.
Quant aux jeunes d’aujourd’hui, je n’ai jamais cru qu’ils étaient plus apathiques que les jeunes que nous étions. Il fallait une étincelle pour les embraser et ce fut une question dont on débat depuis quarante ans. Chaque génération ou presque a connu sa grande mobilisation étudiante.
Par ailleurs, à chaque époque, ce n’est qu’une minorité qui fait de l’activisme politique. On s’imagine à tort que le peuple entier était dans les rues pendant les années 60.
Renversement
La vraie différence est que, dans les années 60, le dénominateur commun des activistes était le désir de changement. Ils voulaient qu’une société qu’ils dépeignaient comme conservatrice octroie plus de droits, principalement aux femmes et aux travailleurs.
À l’inverse, plusieurs des colères des derniers temps carburent au refus du changement. Des groupes se mobilisent pour défendre des situations qu’ils présentent comme des acquis collectifs, voire des droits inaliénables.
Fondamentalement, les étudiants ne veulent pas payer plus, comme d’autres ne veulent pas payer plus pour les garderies, l’hydroélectricité, ou n’importe quel service public lourdement subventionné, dont le coût réel est refilé à d’autres.
On peut trouver chaque lutte plus ou moins justifiée, mais ce sont des luttes pour le statu quo, même si on les enrobe d’une rhétorique « progressiste ». Elles reposent toutes sur le mythe d’un Québec qui serait immensément riche, mais où la richesse serait cachée, détournée. Une « vraie » redistribution, pensent-ils faussement, nous épargnerait des choix désagréables.
J’y vois le signe d’un modèle social épuisé, essoufflé, qui a de moins en moins les moyens financiers de ses idéaux de départ.
Comme chacun sent que des changements douloureux sont inévitables, chacun essaie de renforcer ses défenses, de se barricader pour se soustraire à un effort de redressement qui devrait être collectif et n’épargner que les plus mal pris parmi nous.
Cette chronique fera relâche jusqu’au 2 mai.