Emovere est une nouvelle création contemporaine qui prendra l’affiche dans les prochains jours au Théâtre de Quat’Sous. L’auteur, Éric Jean, qui est aussi le metteur en scène et le directeur artistique du Quat’Sous, a voulu mettre en lumière, dans la pièce Emovere, le legs que l’on reçoit de nos parents et celui qu’on aimerait laisser aux générations futures. Les sept acteurs qui composent la distribution ont participé aux processus de création en transmettant leurs idéaux du legs parfait.
Nous sommes dans l’émotion, d’ailleurs Emovere signifie « émouvoir ». Éric Jean souhaite faire naître, par le biais de sa création, une émotion chez les spectateurs. Il aime faire les choses différemment. Pour sa nouvelle pièce, il a décidé d’impliquer les acteurs dans le processus de création. Pour ce faire, Éric Jean a invité dans une chambre d’hôtel les sept acteurs qui composent sa distribution.
D’entrée de jeu, chacun était invité à parler soit du legs reçu de ses parents ou bien de l’héritage qu’il aimerait transmettre aux générations futures.
On tenait à découvrir l’élément le plus important que chacun avait reçu de ses parents. Outre le legs, d’autres thèmes ont aussi été abordés, tels que l’identité, l’enfance et la mort.
Les acteurs avaient le choix de raconter quelque chose de vrai, de réel ou de faux, inventé de toutes pièces. « Nous sommes en quelque sorte les muses de cette création », raconte l’actrice Marie-Hélène Thibault, qui fait partie de la distribution. « Les auteurs ont développé la pièce à partir de nos histoires et de nos vies. Tout en respectant nos idées, ils ont créé une véritable pièce de théâtre. »
À partir de là, le metteur en scène Éric Jean a travaillé avec le dramaturge Pascal Chevarie afin d’écrire Emovere. « Suite à l’étape de nos témoignages dans la chambre d’hôtel, nous avons eu plusieurs séances d’improvisation dirigées par Éric Jean. C’était lui qui nous invitait à parler de certains thèmes, comme s’il avait déjà des pistes en tête. » L’écriture de la pièce s’est inspirée des idées des acteurs, de la série d’improvisations qui a suivi par rapport à des thèmes et des récits des acteurs. Ainsi l’écriture a pris forme, des personnages se sont façonnés et le spectacle a été créé.
« Comme j’ai deux enfants, j’ai vite adopté le rôle de la mère et opté pour le thème de ce je souhaite transmettre à mes enfants, confie Marie-Hélène Thibault. Mais, je n’ai pas voulu aller du côté des chroniques d’une mère indigne qui, pour moi, relève de la fiction. Mon approche dans la pièce est bien différente. J’ai choisi de m’adresser à des adolescentes plutôt qu’à mes enfants. » Elle admet néanmoins qu’à travers ses témoignages, elle a opté pour un mélange de faux et de vrai.
Des valeurs importantes
Pour Marie-Hélène Thibault, la principale valeur à transmettre est l’authenticité. « Être vrai nécessite une recherche de vérité envers soi-même et envers les autres, et suivre son instinct sans ajouter une multitude de couches. L’engagement social est une autre valeur importante à transmettre », estime la comédienne.
Pour Marie-Hélène Thibault, le legs reçu peut être un trésor comme un boulet. « Le bagage reçu peut être interprété de différentes façons. Nous ne sommes pas dans le jugement, mais bien dans le questionnement », précise l’actrice.
Parler de ce que l’on souhaite transmettre, c’est aussi le cas de Sasha Samar, qui fait également partie de la distribution, alors que sa vie a récemment été exposée dans la pièce de théâtre, Moi, dans les ruines rouges du siècle, ayant passé sa vie à rechercher sa mère.
« Il préférait parler de ce qu’il souhaite transmettre à son garçon plutôt que du bagage reçu. D’autres ont préféré parler de leurs parents, n’ayant pas encore d’enfants. Le père absent est un thème abordé par l’un des acteurs », ajoute-t-elle.
« Par moment, les acteurs vont s’adresser directement au public, puis l’objet théâtral reprend sa vitalité et le quatrième mur reprend forme. Les discussions vont s’intégrer au happening, et des événements surprenants surviendront. »
Un autre élément intéressant de cette pièce se situe au niveau de la distribution, qui est composée d’un beau mélange de divers horizons. « L’un est originaire de Caraquet, au Nouveau-Brunswick, un autre d’Ukraine, l’une est de l’ouest du pays alors qu’un autre a des origines belges, sans parler de notre auteur, qui vient des îles de La Madeleine. Cela nous offre un portrait assez varié et juste de la société », souligne Marie-Hélène Thibault.
Des défis à relever
Pour l’actrice, un des défis à relever se situe au niveau des textes. « Comme je suis beaucoup dans les mots, j’ai énormément de textes à apprendre. »
Un autre défi pour l’actrice s’avère être la constante évolution de la pièce. « On apporte des changements jusqu’au dernier moment, c’est de l’écriture vivante, fait remarquer la comédienne, qui considère cette façon de travailler très stimulante. Je sais que je serai nerveuse au moment de présenter la première, mais pour le moment je travaille à ne pas l’être. Ça ne sert à rien de s’énerver, mieux vaut se concentrer et travailler », estime-t-elle avec beaucoup de maturité. « Par contre, je suis consciente que tout peut arriver, même de me retrouver dans un gouffre terrible. » Néanmoins, elle préfère profiter du plaisir de jouer, considérant qu’il s’agit d’un grand privilège, ajoutant que le stress ne ferait que tout gâcher.
Chose certaine, on nous précise que l’on trouvera dans la pièce des propos très drôles qui vont croiser des moments sérieux et cruciaux. Au final, la pièce est une mosaïque, d’émotions, où la poésie, la musique et la danse s’ajoutent au théâtre. Selon les talents de chacun, les acteurs ont été invités à danser ou à chanter. « Cela ajoute beaucoup à la beauté du spectacle », conclut Marie-Hélène Thibault.
EMOVERE
Auteur : Pascal Chevarie et Éric Jean
Mise en scène : Éric Jean
Avec : Jasmine Bee Jee, matthieu girard, simon-xavier Lefebvre, Aude Rioland, Sasha Samar, Marie-Hélène Thibault et Klervi Thienpont
Du 24 avril au 20 mai
Durée approximative : 1 h 30
Au Théâtre de Quat’Sous
Une production du Théâtre de Quat’Sous