Les injonctions pleuvent mais elles ne sont pas toujours respectées. Pour le juge en chef de la Cour supérieure du Québec, la situation est « grave » pour une sociétédémocratique. Si la règle de droit ne s’applique pas dans la société, c’est la loi de la jungle, a-t-il dit.
Depuis le début du conflit entre des associations étudiantes et le gouvernement concernant la hausse des droits de scolarité, des dizaines d’étudiants ont saisi les tribunaux pour obtenir leur droit de continuer à suivre leurs cours.
Ce jeudi, c’était au tour de cinq étudiants du cégep de Saint-Hyacinthe de présenter en cour une requête en injonction, la grève dans cet établissement perdurant depuis le 14 mars dernier. Le juge en chef François Rolland entendait l’affaire.
Or, même si l’association étudiante du cégep assure qu’elle respectera la décision du juge, le magistrat a élargi le débat, commentant sur la situation générale qui perdure depuis plusieurs semaines.
« Je suis préoccupé par les dérapages dans notre société, a dit le juge à propos du non-respect de certaines injonctions. La démocratie s’exerce dans le respect des lois. Si ce n’est pas la règle de droit, c’est la loi de la jungle. »
Dangereux dérapages
Dans certains établissements, même des professeurs ont participé au piquetage pour empêcher des étudiants ayant obtenu des injonctions de retourner en cours, a souligné le magistrat.
« Nous sommes plus au mois de mars, a noté le juge Rolland. Si un étudiant ne peut pas rentrer à l’université, ne pensez-vous pas qu’il a un recours contre les associations, les cégeps, les profs qui ont bloqué les portes ? »
Au-delà d’une accusation d’outrage au tribunal, les conséquences pourraient être beaucoup plus grave et les étudiants s’estimant lésés pourraient même aller jusqu’à engager des actions contre des éventuels fautifs.
« Les associations ne sont pas solvables mais les professeurs oui », a mentionné le juge.
Il a ajouté que les injonctions n’empêchent pas de boycotter les cours, mais plutôt de laisser ceux qui le désirent d’aller en classe. Dans l’injonction présentée par les étudiants du cégep de Saint-Hyacinthe, le juge a annoncé qu’il rendrait sa décision ce vendredi.