Jean Brault vend tout, même certaines cravates qu’il a portées lors des audiences de la commission Gomery. Sept ans après le scandale des commandites, il prend les choses avec humour et vide son garage avant de déménager à la campagne.
À neuf heures tapantes, hier matin, les premiers intéressés retournaient déjà vers leur voiture avec de bonnes affaires sous les bras.
Ils sont arrivés tôt et nombreux devant la maison de l’ancien président de la firme de publicité Groupaction, située au 330, rue Savoie, à Longueuil, pour avoir le meilleur choix.
En dénichant une petite table en rotin et quelques fleurs artificielles, Denise Séguin a trouvé son bonheur.
« C’est une belle vente de garage. Il y a des choses magnifiques, de qualité et à très bon prix. En plus, ils n’hésitent pas à les baisser », raconte-t-elle en chargeant son véhicule.
Miroirs, tableaux, vaisselle, clubs de golf, valises en cuir, vêtements ou encore toutes sortes d’objets déco à prix cassés : les acheteurs ne savaient plus où donner de la tête.
« C’est le plus beau vide-grenier auquel je suis allé. Tout s’achète. Dommage qu’on n’ait plus de place chez nous », plaisante Ken Donnelly, un résident de Longueuil.
Joanne Archambault, la femme de Jean Brault, ajoute d’ailleurs qu’ils ne vendent pas « des restes de fond de garage », mais des objets « avec lesquels on vivait il y a deux semaines ! »
Clin d’œil
Connu pour ses goûts vestimentaires, Jean Brault n’y avait pas pensé jusqu’à ce qu’un journaliste du Journal de Montréal lui pose la question : « Et les cravates que vous portiez lors de la commission Gomery, vous les vendez aussi ? »
Interpellé, il a réfléchi et finalement décidé d’en ajouter quelques-unes, 100 % soie, dans le lot de la centaine de cravates qu’il comptait vendre. Hier matin, à 10 $ ou 15 $ pièce, elles partaient comme des petits pains chauds. « C’était l’homme le mieux habillé de la planète », dit Thérèse Savoie, sa voisine et couturière.
Les bénéfices de cette vente iront à la Société Alzheimer. « C’est un clin d’œil à la mémoire sélective de ceux qui ont été appelés à témoigner comme moi en commission », ironise-t-il.
C’est aussi, et surtout, en mémoire de sa maman, emportée par cette maladie quelques jours avant son audience, en 2005.
« En commission, j’emportais sa photo avec moi et ça m’a donné la force de témoigner. Tous les détails me revenaient, même moi ça me surprenait », confie-t-il.
Pas jet-set
Jean Brault et sa femme iront s’installer dans un peu moins d’un mois dans leur chalet en Estrie, au calme.
« C’est un petit coin tranquille qu’on connaît depuis 20 ans. Pas du tout jet-set », précise l’homme qui a fraudé le gouvernement pour 1,2 M$.
La vente de garage doit se poursuivre aujourd’hui – sauf si tout avait disparu hier soir.