Jusqu’à un certain point, il est normal que l’opposition officielle se comporte de façon opportuniste. Mais dans la crise actuelle, ce point a été dépassé depuis longtemps et Mme Marois porte une lourde responsabilité à cet égard.
Sur la hausse des droits, ses positions successives font penser à un ballon de football qui rebondit dans toutes les directions de façon totalement imprévisible : gel, dégel, sommet, médiation, indexation et quoi encore ?
Des maudites limites
Il y a cependant beaucoup plus grave. Les ordres des tribunaux ont été bafoués. Une minorité a privé la majorité de ses droits. Des casseurs ont semé la destruction. Le mouvement étudiant n’a pas jamais voulu négocier sérieusement jusqu’aux derniers dérapages. Les centrales syndicales ont jeté de l’huile sur le feu.
Pendant tout ce temps, Mme Marois n’avait qu’une ligne : tout, absolument tout, est de la faute du gouvernement. Elle sait évidemment que ce n’est pas vrai.
La soif de pouvoir est-elle forte à ce point ? N’y avait-il pas moyen, juste pour une fois, de s’élever au-dessus de la partisanerie ?
L’idée d’une médiation était risible. Quand les étudiants disaient vouloir être écoutés, ils demandaient en fait à être obéis.
L’idée d’un sommet ne valait guère mieux. Aucune question en éducation n’a été davantage étudiée que celle des droits de scolarité. Après un sommet de pur placotage, on reviendrait à la case de départ : gel ou hausse ? Mme Marois sait tout cela parfaitement.
Donner l’exemple
Vous allez évidemment me dire que j’étais naïf d’espérer autre chose et qu’il est dans la nature de la bête que l’opposition soit opportuniste.
Mais c’est que le PQ, en théorie du moins, n’est pas un parti tout à fait comme les autres. Il prétend vouloir mener le peuple québécois à la souveraineté.
Quand on a un objectif aussi élevé, on doit susciter et mériter une énorme confiance de la part du peuple. On est donc soumis à des standards éthiques plus élevés.
Quand on veut faire de la petite politique provinciale, on peut se comporter comme un petit politicien provincial. Quand on propose à un peuple de se grandir par l’indépendance, on ne peut se comporter soi-même de façon aussi petite.
Quand on prétend faire un pays, il faut davantage de hauteur en toutes circonstances. Je suis incapable de m’imaginer René Lévesque ou Jacques Parizeau se comportant ainsi dans de telles circonstances.
Le peuple ne s’y est d’ailleurs pas trompé. L’attitude du PQ s’est retournée contre lui et il a perdu des plumes dans les intentions de vote. M. Legault, lui, s’est comporté avec droiture et bon sens dans cette affaire et il s’est remis dans la partie.
Humainement parlant, il est impossible de ne pas aimer Mme Marois si on la connaît : elle est simple, gentille et chaleureuse. Mais politiquement parlant, j’attendais autre chose d’elle. Croyez-moi, ça ne me fait pas plaisir à écrire.
Benoît Aubin a beau être fédéraliste, il lui arrive d’avoir raison. Le Québec n’a pas toujours besoin d’ennemis. Il est parfaitement capable de se faire mal tout seul.