Une des personnes les plus impressionnantes que j’ai rencontrées en Israël est le journaliste Yossi Klein Halevi.
C’est le prototype de l’intellectuel juif de gauche, né aux États-Unis, puis déménagé en Israël. Il s’est beaucoup investi dans des initiatives de réconciliation israélo-palestiniennes.
Modalités
Les deux tiers des Israéliens, me dit-il, acceptent l’idée de deux États, l’un palestinien et l’autre israélien, vivant côte à côte. La majorité des Palestiniens ont aussi compris, même si beaucoup n’oseront pas le dire, que l’État d’Israël ne peut être militairement vaincu.
La question n’est plus de savoir si les Palestiniens ont droit à leur État. Les difficultés sont dans le tracé des frontières, le statut de Jérusalem, le sort des exilés, la viabilité économique de cet État et les garanties de sécurité recherchées par Israël.
La gauche israélienne, pense-t-il, a raison de vouloir évacuer les territoires occupés. La droite a raison de ne vouloir négocier qu’à partir d’une position de force et de n’entretenir aucune illusion sur ses voisins. L’Israélien moyen, dit-il, est donc une colombe en théorie, mais un faucon en pratique.
Comparaison
En Israël, 20 % de la population est palestinienne, en excluant les Palestiniens de Gaza et de la Cisjordanie. J’ai longuement interrogé Yossi sur sa situation. Tout dépend à qui on la compare, m’a-t-il répondu.
Les Palestiniens citoyens d’Israël ont une situation économique très inférieure à celle des Juifs. Mais leur sort est incomparablement meilleur que celui du 1,7 million de Palestiniens de Gaza, confinés dans 360 kilomètres carrés, ou que celui des 2,5 millions en Cisjordanie.
Ceux-là sont coincés entre l’armée israélienne, les islamistes du Hamas ou l’administration inefficace et corrompue de l’Autorité palestinienne.
Les Palestiniens qui sont citoyens d’Israël, eux, ont la liberté d’expression, le droit de vote, leurs députés à la Knesset, leurs partis politiques, un juge à la Cour suprême, leurs tribunaux religieux, leurs écoles et leurs médias en arabe, qui est une langue officiellement reconnue par l’État.
En me promenant dans Jérusalem-Est avec un guide juif, j’ai senti l’hostilité dans les regards des Palestiniens sur lui. Mais Israël leur offre également un niveau de vie très supérieur à celui qu’ils auraient dans les territoires palestiniens.
Concessions ?
La politique interne propre à chaque camp complique aussi la perspective d’une paix durable. En raison du mode de scrutin intégralement proportionnel, chaque gouvernement israélien est une coalition dans laquelle des petits partis radicaux, aucunement disposés à des concessions, ont un énorme pouvoir.
Du côté palestinien, si Mahmoud Abbas faisait trop de concessions, une guerre civile pourrait éclater entre le Fatah et le Hamas, comme celle de 2007, qui avait laissé la Cisjordanie entre les mains du premier et Gaza entre les mains du second.
Ce coin du monde n’est pas un endroit pour amateurs d’idées simples.