OTTAWA - Les efforts des conservateurs fédéraux pour forcer les émeutiers et d'autres manifestants violents à montrer leur visage à tout moment, obtiennent l’appui d’un ancien policier de la GRC de l'Alberta.
Patrick Webb a dit aimer le projet de loi C-309, parce qu'il va permettre à la police d’arrêter un manifestant simplement parce qu'il porte un masque ou un déguisement, de manière à prévenir de possibles agressions et des dégâts matériels.
«On n’aura pas à attendre qu’ils commettent un acte criminel avant d’appliquer la loi et tenter ensuite d'identifier le suspect», a dit M. Webb mardi devant le comité parlementaire sur la justice.
Les propos de M. Webb lors de son témoignage font contraste avec ceux du professeur de droit de l’Université York, James Stribopoulos.
Celui-ci a qualifié le projet de loi C-309 de «solution à la recherche d’un problème», parce que le Code criminel prévoit déjà qu’il est illégal de se déguiser avec l’intention de commettre un crime.
La députée libérale Joyce Murray a dit craindre de son côté que le projet de loi empêche des manifestants légitimes de se déguiser pour protester, ce qui violerait leur droit à la liberté d’expression.
L'ancien policier pense au contraire que le fait de permettre aux policiers d’arrêter les émeutiers masqués protégera les droits des manifestants légitimes, parce que l'application de la loi ne ciblerait «qu’un très, très petit nombre d’anarchistes» qui tentent de «détourner» les droits constitutionnels.
Le Bloc québécois, qui a l’intention de voter contre le projet de loi, s’interroge sur sa pertinence.
«Actuellement, quelqu’un qui est masqué et qui commet un acte criminel peut être arrêté, a fait remarquer mardi la députée bloquiste Maria Mourani. Est-ce qu’on va arrêter les gens parce qu’ils sont habillés différemment ?».
Elle craint aussi que les policiers dans le feu de l’action, avec les esprits qui s’échauffent, manquent de discernement.
«Si, par exemple, le jeune ou le moins jeune se met un drapeau du Québec dans la face, est-ce un masque ? Il y a beaucoup trop de subjectivité et de discrétionnaire.»
La députée a toutefois évité de dire si elle croyait que le maire de Montréal Gérard Tremblay brimait la liberté d'expression, lui qui a annoncé son intention de faire adopter un règlement pour interdire les manifestants masqués.
«Tant qu'on n'a pas commis un acte criminel, je ne vois pas pourquoi on serait arrêté. Et ce n'est pas le masque qui définit quelle va être l’attitude», a estimé la députée bloquiste.