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La ruée vers l’or

Le dur chemin qui mène à l’or

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Devant la caméra, nous voyons les prospecteurs de La ruée vers l’or souffrir, marcher, grimper, pagayer. Ce que vous ne soupçonnez pas, c’est que derrière la caméra, un groupe de techniciens s’est embarqué dans la même galère. Nous voici dans le quotidien de ceux qui doivent en permanence avoir les yeux et les oreilles braqués sur les prospecteurs et dont l’aventure a été tout aussi éprouvante, voire périlleuse.

Au bout du fil, tous sont chaleureux, heureux de partager leur expérience, bien qu’empreints d’une certaine pudeur ou de fragilité face à certains événements. On sent que l’expérience a été à la fois douloureuse et enrichissante. Que des liens solides se sont tissés.

Parmi eux, il y a Jean-François Carrey, le guide en chef. Ce gars a escaladé l’Everest, carbure au plein air et connaît le Nord comme le fond de sa poche. Puis, il y a Simon Paine, le preneur de son, qui s’est notamment rendu en Haïti après les tremblements de terre pour témoi­gner du travail qui s’y fait. Il y a aussi Gabriel Lévesque, le directeur photo et caméraman, un gars des Plaines encore ému par la beauté de la montagne qu’il a dû affronter. Il y a enfin Martin Cadotte, le leader, le motivateur, le rassembleur, le réalisateur. Et Marie-Pierre Gariépy, la coproductrice, qui a eu l’idée complètement folle de cette aventure télévisuelle douloureuse et pleinement authentique.

Épreuve physique

« J’avais besoin de gens passionnés. Je les ai envoyés dans des conditions extrê­mes pendant trois mois, avoue-t-elle. Eux aussi s’embarquaient dans une aventure. »

Avec quatre caméras à transporter, des génératrices, de l’essence, les pneumatiques, le matériel de camping, la bouffe, l’équipe technique de La ruée vers l’or était loin de voyager léger. « Je devais veiller à l’organisation de l’équipe, explique Jean-François Carrey. Être toujours un pas devant les prospecteurs pour que l’équipe ait tout ce dont elle avait besoin pour tourner. L’équipe de guides est arrivée à Skagway deux semaines avant le bateau, on a pu déjà établir certains campements. »

« On marchait une bonne trentaine de kilomètres par jour. Les journées pouvaient facilement durer 14 heures, se souvient Simon Paine. Parce que quand les prospecteurs montent leur campement et se font à manger, nous on a un autre deux heures à tourner parce qu’on veut les voir jusqu’à ce qu’ils se couchent. Le matin, nous étions les premiers levés. »

« Ce qu’on n’avait pas prévu et qui a été très éprouvant, note Gabriel Léves­que, c’est que pour pouvoir transporter leurs 5 000 lb de matériel, les prospecteurs ont dû faire la même route plusieurs fois. Nous, on montait avec notre stock sur le dos, puis on devait redescendre aussitôt avec le même matériel pour refaire les mêmes kilomètres. » « À faire le même sentier quatre fois par jour, t’as l’impression que tu vas mourir sur ce sentier-là », avoue Martin Cadotte.

« Le niveau de difficulté du tournage était énorme, raconte le caméraman. Tu suis un premier prospecteur avec la caméra, tu dois ralentir pour voir ce que fait le deuxième, puis le troisième, puis tu dois repartir à la course pour arriver avant le premier pour avoir tes images. Je pense qu’on ne savait pas vraiment dans quoi on s’embarquait. »

Obstacles

« L’humidité a été un obstacle de taille, se souvient Jean-François. Quand t’arrives au sommet du mont, la caméra devient embrouillée. La gestion de l’électronique est devenue très complexe. »

« En plus, il fallait constamment retourner au camp de base pour vider les cartes mémoires, ajoute Martin Cadotte. Ça ajoute des kilomètres. »

« Une scène qui m’a frappé, relate Simon, c’est quand Louise s’est retrouvée par terre au début de l’aventure et qu’elle pleurait. On a dû la filmer pendant 10 bonnes minutes. Notre code d’éthi­que fait en sorte qu’on n’avait pas le droit de leur parler. On sait qu’on fait de la télé, mais c’est quand même un autre humain qui est à terre et qui a besoin de réconfort. Heureusement, un prospecteur est venu lui prêter main-forte. »

Afin de ne pas influencer l’aventure des prospecteurs, aucun échange n’est permis entre ceux-ci et l’équipe technique. « J’ai beaucoup de misère à voir quelqu’un se faire mal, explique Gabriel. C’est pas arrivé trop souvent, mais dans ces moments-là, j’ai peut-être perdu une frame une fraction de seconde. Même si on ne peut pas se parler, il y a un grand respect qui s’installe parce qu’on vit tous dans les mêmes conditions. »

Épreuve psychologique

« Monter l’Everest a été dur physiquement, mais La ruée vers l’or l’a été moralement, avance Jean-François. »

Vivre dans des conditions rudimentaires pendant trois mois, au milieu de nulle part, à des kilomètres de toute vie humaine, loin des familles, finit par peser. « L’isolement est difficile et le fait de toujours refaire le même chemin, c’est décourageant. T’as l’impression que t’avances pas », note Simon.

« Étrangement ton corps s’habitue, avoue Gabriel. T’es au milieu du bois, tu ne peux pas t’arrêter. Tu vis constamment sur tes réserves. Tu puises de l’énergie même où t’en as plus. Malgré la quantité d’effort physique que ça demande, le plus dur c’est de garder le moral, de rester motivé. »

Heureusement, après six semaines d’une marche douloureuse malgré de bonnes chaussures, l’équipe est arrivée en face du lac Bennett. Une occasion pour la gang qui avait déjà travaillé sur Destination Nord-Ouest 1 et 2 de retomber dans les « vieilles pantoufles ».

« Sur l’eau, ça allait, bien, raconte le réalisateur. On était habitué à filmer des gens qui naviguent. »

Doute

L’empoisonnement de Martin aura été un événement marquant pour tout le monde. « On aurait pu le perdre, tranche, encore sous le choc, Martin Cadot­te. Le sentier était devenu comme notre maison, je n’ai jamais pensé qu’on pouvait y être en danger. »

« Pour chaque risque, nous avions une marche à suivre, explique Marie-Pierre. On avait eu des formations en cas d’avalanches, par exemple, on était bien préparé. Les gardes forestiers nous avaient avertis. »

« On était là depuis trois semaines. On venait d’arriver à Sheep Camp, se souvient le guide. On a organisé l’évacuation. Ç’a été un moment très stressant. »

« On venait de marcher 20 km, poursuit Simon, quand on a su ça, on est redescendu au camp de base. On a dû sortir du sentier vers 2 h du matin pour rejoin­dre Martin à l’hôpital de Whitehorse. »

« C’était terrible, raconte le réalisateur. Heureusement, il s’en est sorti. Avoir été plus loin sur le sentier, je n’ose pas penser ce qui aurait pu arriver. »

Beauté

« Faire le show a été vraiment difficile, mais avec le recul, les blessures qui guérissent, ce que tu retiens, ce sont les images spectaculaires, note le caméraman. Quand t’arrives en haut du Chilkoot, il y a un lac, des montagnes, une vallée, t’as l’impression d’être ailleurs. » « On habite un pays magnifique, ajoute Simon. Et j’ai énormément de respect pour nos ancêtres qui ont fait la route en 1898. »

« Je suis contente de faire connaître un moment de l’histoire de chez nous, explique la productrice. C’est peu connu, mais il y a beaucoup de francophones au Yukon. Et, semble-t-il, il y a de plus en plus de Québécois qui vont faire de la randonnée sur la Chilkoot. »

« Je reçois beaucoup de commentaires d’étudiants et de jeunes qui tripent sur la série et qui sont contents de se faire raconter l’histoire de nos ancêtres. C’est très stimulant », note Martin.

Solidarité

Le retour a été difficile pour chacun.

« Vivre au jour le jour pendant trois mois, sans argent, sans cellulaire, sans parler à d’autres, crée des liens d’amitié solides, constate Marie-Pierre Gariépy. Et tout le monde est revenu en bonne santé. »

« Avec Martin Cadotte, j’irais n’importe où, clame Simon Paine. On forme une équipe d’enfer. » Idem pour les autres. « Nos relations sont devenues hyperprofondes, ajoute Gabriel Lévesque. C’est tellement intense ce qu’on a vécu ensemble. Ces gens-là, c’est de la famille. » « Humainement, avec l’équipe on est allé au bout de nous-mêmes. On a fait un voyage en enfer. Je suis encore épuisé. Je n’aurais pas pu faire ça avec d’autres. Nous sommes restés unis, solidaires, soudés. »

Même s’ils vivent à des kilomètres de distance, entre Winnipeg, Ottawa et Québec, les membres de l’équipe de tournage restent en perpétuel contact. C’est sans aucun doute ça, leur ruée vers l’or à eux.

 

• La ruée vers l’or est diffusée le mardi à 19 h à TVA. Un making of sera diffusé le 22 mai.

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