La démission de la ministre de l’Éducation et vice-première ministre, Line Beauchamp, ne doit pas être annonciatrice d’une capitulation du gouvernement Charest devant la minorité d’étudiants qui boycottent toujours leurs cours.
Il est dommage que Mme Beauchamp en soit venue à la conclusion de partir parce qu’elle a été une très bonne ministre de l’Éducation. Elle avait toutefois perdu confiance dans la possibilité d’amener les leaders étudiants vers une solution au conflit. Ces derniers demeurent braqués sur leur exigence d’un moratoire sur la hausse des frais de scolarité.
Elle a annoncé sa démission avec une impressionnante sérénité dans les circonstances. Jean Charest a aussi affirmé aussitôt que « le gouvernement est très déterminé ». Le premier ministre lui doit, après ces mois à mener ce dossier avec courage et détermination, d’assurer que son « sacrifice » n’aura pas été inutile.
Départ réfléchi
Le fait que Mme Beauchamp ait du même coup démissionné de son siège de Bourassa-Sauvé, où elle était très aimée, au-dessus des lignes partisanes, et qu’elle mette fin à sa carrière politique, permet de penser que sa réflexion était amorcée depuis un certain temps et que celle-ci avait une portée beaucoup plus large que le présent conflit étudiant. Sinon, elle aurait seulement demandé au premier ministre de lui confier d’autres responsabilités.
La vie politique est sans pitié. Mme Beauchamp a un profil de travailleuse communautaire et de conciliatrice et son intégrité n’a jamais été mise en doute en quinze ans de vie publique. Les allégations sur la corruption du gouvernement ont été difficiles à porter pour tous les membres du gouvernement depuis 2008, mais celles plus récentes sur du financement irrégulier la concernant l’ont sans doute ébranlée et découragée définitivement de cet univers.
Sa vie personnelle a aussi été chambardée au cours du dernier mandat.
Les dernières péripéties du conflit étudiant, soit les négociations au sommet, l’émeute de Victoriaville en parallèle, l’avortement de l’entente obtenue à l’arraché et le non-respect des injonctions, ont précipité la fin de cette profonde réflexion. D’autres auraient craqué bien avant, en raison de la forte personnalisation de l’affrontement et des pressions qui venaient de toutes parts, recteurs, fédération des cégeps, directions d’établissements, enseignants complices des étudiants, etc.
En rappel
Le retour de Michelle Courchesne à l’Éducation, ministère qu’elle avait quitté dans la controverse, ne soulèvera pas d’enthousiasme. Mme Courchesne s’est cependant acquise la réputation d’avoir durci sa carapace au Conseil du trésor. Elle a aussi l’avantage de très bien connaître le dossier du financement des universités. Elle était la personne d’expérience la plus en mesure de prendre la relève à pied levé. La bombe qu’a été l’annonce du départ de Line Beauchamp peut aussi la servir pour son entrée dans le dossier.
Il lui faut toutefois être très claire lors de ses prises de contact avec les acteurs étudiants au dossier qui ne sont aucunement en mode sortie de crise et établir son rapport de force. Ils bomberont au contraire le torse à la suite de la démission d’une ministre qu’ils ont affublée de tous les torts et de tous les défauts au cours des trois derniers mois. Ceux-ci ne respectent ni les institutions ni les personnes qui les incarnent. Pas même leur propre signature. Ils ne seront pas plus conciliants avec Michelle Courchesne après avoir obtenu leur trophée de chasse.
Les étudiants « de la base » devraient examiner l’idée de changer également d’interlocuteurs s’ils recherchent vraiment une solution eux aussi.