Quand un gâchis est total, il faut sauver l’essentiel.
Une session de cégep débute normalement aux environs du 23 janvier et se termine vers le 24 mai. On nous dit que l’on cherche désespérément à « sauver » la session, mais que les dates pour des arrangements locaux sont dépassées.
Il faudra donc une décision globale prise aux plus hauts échelons. Beaucoup d’étudiants ont manqué autour de trois mois d’école. Un moratoire est évidemment inadmissible. Suivez maintenant mon raisonnement.
Assumer
Si, avec un peu de travail estival, on réussissait à se « rattraper », c’est qu’on serait parvenu, nous dirait-on, à couvrir toute la matière en infiniment moins de temps que ce qui est habituellement prévu.
Comment réussirait-on ce miracle ? Les miracles n’existent pas. On allégerait au maximum : moins de matière, moins de travaux, des examens « ajustés ». Le temps est incompressible, le savoir, lui, l’est.
En langage clair, on donnerait des crédits bidon pour des cours bidon conduisant ultimement à un diplôme dont une partie serait bidon. Soutenir le contraire, c’est être hypocrite.
Si, par contre, toute la matière est réellement couverte, alors la question devient : si on réussit en sept ou huit semaines à faire correctement ce qui est généralement prévu pour douze semaines, qu’est-ce qu’on fout en temps normal ? On flâne le tiers du temps ?
Au point où nous en sommes, si on se soucie réellement de la crédibilité de notre système d’éducation, la décision la plus honorable serait, dans certains collèges, d’annuler tout simplement la session ou de compléter les semaines manquantes à l’automne. Point à la ligne.
Les jeunes assumeraient ainsi les conséquences de leurs actes. On réduirait également les risques liés à la violence.
Chez tous ceux directement concernés, cette option n’est certes pas le premier choix.
Les administrateurs ne veulent pas se frotter aux complications logistiques d’un engorgement cet automne. Les enseignants ne veulent pas déroger à leurs habitudes à moins d’être financièrement compensés.
Les étudiants se foutent de la qualité de leur formation pour autant que cela ne leur bloque pas l’entrée au palier suivant. Leurs parents veulent que tout cela cesse n’importe comment et beaucoup se contenteront de n’importe quoi.
Gifle
Je crains qu’on ne bricole, comme trop souvent, un arrangement cousu de fil blanc au plan des exigences académiques. Si on fait cela, on administrera une autre gifle à notre système d’éducation, qui en a déjà tellement reçu.
Remarquez, nous serions égaux à nous-mêmes : en éducation, chaque changement qui porte sur les exigences vis-à-vis des jeunes revient toujours à les baisser, jamais à les hausser. Faire semblant et dissimuler l’ignorance est un vieux réflexe chez nous.
Dans le Québec d’aujourd’hui, quand on pense en termes d’honneur et d’intégrité, on se sent comme un extra-terrestre.