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Culture et médias

Journal d’une salope

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Cette semaine, je me suis fait traiter de « salope » devant 150 000 personnes. Et personne n’a dit un mot. Quand je me suis plainte sur mon blogue, je me suis fait dire que j’avais couru après !

À une certaine époque, au Québec, des fier-à-bras intimidaient ceux qui ne votaient pas « du bon bord ». Aujourd’hui, au Québec, on intimide ceux qui n’écrivent pas « du bon bord ». Je ne sais pas vous, mais moi ça me fait peur.

DES VERTS ET DES PAS MÛRS

Le 22 mai, lors de la grande marche, un manifestant a mis ma photo sur une pancarte avec les mots « Christ de salope ». Pourquoi une chroniqueuse culturelle se retrouve la cible des étudiants ? Parce que j’ai eu le malheur d’écrire que je me demandais où se cachaient les artistes verts ? Ou parce que j’ai le bonheur d’être marié avec un chroniqueur franchement controversé ?

Quand j’ai placé la photo de la pancarte sur mon blogue, j’ai reçu 270 commentaires, dont plusieurs d’une violence et d’une haine inouïe. Je vous en livre quelques extraits ( sans corriger les fautes) pour que vous soyez témoins du dérapage qui a cours en ce moment.

« Chère pimbèche, seule une saloppe accepterait de baiser avec un porc », « Je peux comprendre que certains manifestent à 3000 devant la résidence d’un chroniqueur qui ne pense pas comme eux », « Lorsqu’on partage le même lit que Martineau, il faut s’attendre à se faire traitée de salope », « Sophie, Sophie, Sophie, seul Martineau t’adore. Sophie, Sophie, Sophie, nous on t’abhorre. La Maman de 3 Carrés Rouges », « Je n’ai AUCUNE sympathie envers vous, votre mari et vos enfants quand vous dites que vous vous êtes senti intimidé face à 3000 personnes qui manifaistaient près de chez vous », « Si j’étais à la place de votre mari, je réfléchirais aux conséquences, pour vous et votre famille », « Être chroniqueur est un privilège. S’en servir pour provoquer c’est aussi accepter de se mettre en danger – Mallheureusement c’est aussi d’accepter de mettre les gens qu’on aime en danger. »

Depuis le début du conflit étudiant, une frange du mouvement s’en prend physiquement ou virtuellement aux journalistes. Des artistes proposent de boycotter La Presse parce qu’ils n’aiment pas les résultats de leur sondage sur la loi 78 ! Des manifestants trouvent acceptable de scander des slogans anti-journalistes. Des accusés frappent des photojournalistes en plein palais de justice.

Il faudrait peut-être leur rappeler qu’un des signes d’une démocratie saine, c’est une presse libre. Et que les premiers gestes d’une dictature, c’est de menacer et de bâillonner les journalistes.

JUSTE POUR PLEURER

En terminant, un mot sur Gilbert Rozon. Parce qu’il a osé émettre un bémol face à la vague rouge, il se fait punir de la pire façon qui soit pour un homme d’affaires : les représailles économiques.

Les humoristes qui participeront cet été au Festival Juste pour rire vont-ils prendre la défense de Gilbert Rozon et de son droit à s’exprimer démocratiquement ?

­­Qu’ils convoquent une conférence de presse, et qu’ils dénoncent haut et fort le chantage dont est victime Rozon. Sinon, personne ne les prendra au sérieux la prochaine fois qu’ils participeront à une campagne « contre l’intimidation » ou « pour la liberté d’expression ».

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